C’est avec un style épuré aux contours larges que David Gauthier nous emmène dans un univers à mi-chemin entre Le meilleur des mondes et Aldébaran, seulement sans les castes et les animaux extraordinaires.

23e siècle. La Lune. Deux colonies coupées de la Terre survivent par habitude, sans se poser de questions. Les enfants sont nommés par un programme de sélection automatique, puis la plupart sont élevés par un service de couveuse. Les emplois sont distribués par un répartiteur, le travail est effectué selon les procédures établies. La réalité a été arrangée pour correspondre à la pratique.

Mais Janvier ne voit pas les choses comme tout le monde. Avide de savoir et doué d’un peu plus de créativité que ses congénères, il questionne l’ordre établi et cherche à améliorer ce qui l’entoure, mais il se heurte à de l’incompréhension et de la dérision. Pourtant, le savoir est traité comme la plus précieuse des ressources, jalousement gardée par ceux appelés les impressionnables, des personnes qui ont accumulé le savoir de toute leur vie.

Janvier croise le chemin d’une bande de voleurs qui dérobent, sans vergogne et sans conséquence, les pads de données des impressionnables. Jodorowsky est attiré par le danger et le chaos, Biggy et Laïka le suivent parce qu’il est un leader fort. Janvier est le seul à s’intéresser au contenu des pads, à chercher à connaître plus de choses. Pourtant, les pads contiennent peu d’informations intéressantes et il reste sur sa faim.

Une opportunité se présente pour Jodorowsky et la bande se dissout, laissant Janvier amère et déçu d’avoir fait tout cela pour rien. Il s’embarque donc dans une caravane en partance pour la seconde colonie lunaire, espérant y trouver quelque chose de différent. Seul moyen de communication entre les deux stations, la caravane transporte informations et messages personnels. Janvier profite du voyage qui durera un an pour lire tous les pads. Encore une fois, rien de nouveau.

À son retour, rien n’a changé. Personne ne réfléchit. Tout le monde amasse des connaissances, mais personne n’en fait quelque chose de nouveau. Chacun essaie d’améliorer son sort dans le cadre dicté par la société, sans chercher à améliorer la société elle-même. En refermant le livre, je suis prise d’une légère nausée : la ressemblance avec notre réalité actuelle m’inquiète.

J’espère quand même que ce soit le début d’une grande aventure graphique, autant pour Janvier et David, que pour nous, lecteurs.

Ariane Hivert

Le poids du vide, David Gauthier, Éditions Rémi Paradis, 2014.