Crédit photo: Anik Benoit

Six ans après la sortie du long-métrage À forces de rêves, qui fût couronné de succès notamment avec le prix Jutra en 2007, et qui m’avait fait verser des larmes, quelle joie de découvrir qu’une autre réalisation de Serge Giguère, Le Nord au coeur, était à l’affiche à la 15ième édition des Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM)! 

Calepin et stylo en main, je me suis rendue à l’auditorium de la Grande Bibliothèque de Montréal pour assister à la première du film « Le Nord au cœur » parcours d’un géographe, avec Louis-Edmond Hamelin. Devant une salle comble, les deux productrices Nicole Hubert et Sylvie Van Brabant des productions Le Rapide-Blanc ont pris la parole pour présenter le film et remercier à la fois toute l’équipe et les partenaires financiers. Le géographe Jean Morrisset a rendu hommage à son ex-professeur avec un texte intitulé Célébration. Le réalisateur Serge Giguère pour sa part, a pris soin de souligner la présence d’Arthur Lamothe qui lui a donné le « goût du Nord » avant de nous partager l’expérience de sa rencontre avec le Louis-Edmond Hamelin: « J’ai déjà fait des films comme Oscar Thiffault et Le roi du drum, des artistes populaires qui nous plongent dans notre imaginaire collectif, mais je n’avais jamais fait un film sur un intellectuel de haut niveau comme Monsieur Hamelin.»

Pionner québécois de la géographie nordique et de sa terminologie, défenseur de l’autochtonie, et fondateur du réputé Centre d’études nordiques (pour nommer que ceux-là, car la liste est longue), Louis-Edmond Hamelin est reconnu internationalement au même titre que les Hubert Reeves, Fernand Dumont et Pierre Dansereau, mais reste pourtant méconnu du public.

Tout un défi que de présenter l’immensité du personnage qui a marqué la deuxième moitié du 20ième siècle dans le déploiement du Québec moderne ! Mais le réalisateur Serge Giguère a formidablement réussi. Le portrait qu’il dessine du visionnaire avec sa « caméra à hauteur d’homme », pour reprendre l’expression de Bertrand Gosselin, trace les contours d’un être dans toute la richesse de son vécu et de ce qu’elle a encore à offrir à l’aube de ses 90 ans.

Après 40 ans d’absence sur le territoire ancestral du Mushuau-Nipi situé au nord de Schefferville, le réalisateur a convaincu l’octogénaire de retourner sur les traces de son passé. L’atterrissage au pays mythique est émouvant. D’entrée de jeu, nous faisons partie du voyage et nous voulons continuer à le suivre : « la géographie s’apprend par les pieds », pour reprendre la maxime de son maître Raoul Blanchard.

Les traces laissées par le géographe sont remplies d’enseignement. La rencontre avec les autochtones par exemple, nous apprend avec archives à l’appui, sur l’histoire du peuple nordique et ses enjeux actuels reliés inévitablement au fameux Plan Nord. Quand le slogan « Maîtres chez-nous » de Jean Lesage régnait sur la province, Louis-Edmond Hamelin n’a pas tardé à revendiquer sur la scène publique et politique, l’importance de reconnaître les nations autochtones : « Il n’y a pas de Québec total sans le Nord, et il n’y a pas de Nord sans autochtones », a dit le spécialiste.

Inventeur d’un vocabulaire de plus de 600 néologismes, il est touchant de voir le père de la « nordicité » expliquer, à un des membres de sa famille, la provenance des mots : glaciel, glissité, hivernité, crêpes, petite floe, etc…sur les magnifiques images poétiques du paysage hivernal…« C’est dans le Nord qu’on apprend le Nord ! », de souligner l’inventeur de mots. Et quand la glace craque sous ses pieds lorsqu’il avance seul devant l’infini, de grands frissons traversent l’écran !

Les multiples langages utilisés par le cinéaste, pour mieux saisir la réalité du personnage, ont donné une couleur unique au documentaire : que ce soit par l’animation de Pierre Trudeau, la sculpture sur glace de Guy Beauregard (la salle a réagi avec un grand Oh !), les photos et vidéos d’archives, la conception et le montage sonore de Claude Beaugrand, le montage fabuleux de sa complice Louise Dugal ou la musique originale de René Lussier.

Il était bon d’entendre les réactions et les rires pendant le film ainsi que les applaudissements chaleureux à la suite du discours fougueux de Louis-Edmond Hamelin à la fin de la représentation :

Le résultat du film me gêne franchement à cause des effets cinématographiques professionnels qui amplifient et dorent mes propos ! Et je le dois à tous les gens qui ont travaillé sur le film. Heureusement des milliers de chercheurs parlent du Nord avec compétence et conviction sans compter les Indiens, les Inuits et les Métis pour relativiser mon discours passionné. Serge, c’est avec reconnaissance que je te remercie de m’avoir fourni la plus démonstrative occasion de présenter au public ma façon géographique de concevoir le Nord et les autochtones (…) Je voudrais favoriser la visibilité des questions nordiques et engager les citoyens à créer pas simplement des mots, mais des formules pour l’avenir du Québec dans le « Québec total ».

Le Nord au cœur est un documentaire qui ne laisse pas indifférent : il ouvre les horizons, éveil l’esprit et engage la province à ne pas perdre le nord!

*Le film sera présenté au cinéma Excentris dès le 7 décembre à Montréal ou si vous passez par Québec au cinéma Quartier dès le 30 novembre prochain.

– Anik Benoit

  1. Les productions Rapide-Blanc : http://www.rapideblanc.ca

  2. Le site de Louis-Edmond Hamelin : http://lehamelin.sittel.ca

  3. Visionnez la bande-annonce : http://fr-ca.actualites.yahoo.com/vidéo/divertissement-22180766/le-nord-au-coeur-31117846.html

  4. Réseaux sociaux : http://www.facebook.com/LeNordAuCoeur
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