D’abord collaborateur littéraire pour le Voir Québec, ensuite à Montréal en tant que chef de pupitre et rédacteur en chef, Tristan Malavoy baigne dans le milieu littéraire québécois depuis des années. Après s’être commis en poésie et en chanson, il publie ce mois-ci un très réussi premier roman au titre énigmatique, Le nid de pierres. Il y raconte l’histoire d’un couple de jeunes trentenaires, Thomas et Laure, qui décide de revenir habiter dans leur ville natale après avoir vécu plusieurs années à Montréal. C’est là que des souvenirs du passé viendront les habiter, chacun à leur manière. La nouvelle n’est jamais bien loin aussi dans la carrière de Malavoy avec divers projets de collectifs dont La disparition de Michel O’Toole (Quai no5), collectif qu’il a piloté et qui parait aussi en novembre.

C’est aussi sur une disparition que s’ouvre le roman de Malavoy, celle d’un camarade de classe du narrateur, Yannick-Lunatique, jeune adolescent de treize ans qui se volatilise dans la forêt de Saint-Denis-de-Brompton, village natal de l’écrivain. Aux premiers abords, le récit se devait d’être un hommage à son village natal, mais ce n’est que lorsqu’il s’est intéressé aux légendes de la région qu’il a su qu’il avait matière à beaucoup plus.

« Je préviens un peu les gens de Saint-Denis, ce n’est pas « le » roman de Saint-Denis. Saint-Denis devient le décor où j’ai inventé beaucoup de choses. Il y aura par contre un plaisir à retrouver des éléments clés de Saint-Denis. J’ai délaissé une langue plus exploratoire pour une langue simple, sobre et sèche, au service du texte. Une langue où tout le monde pourra se reconnaître. »

En alternant son récit premier avec des légendes abénaquises, il a aussi pu intégrer une tonalité poétique qui ajoute une profondeur au récit. Tout d’abord déstabilisante, cette légende, celle du nid de pierres, vient s’accoupler au texte premier jusqu’à le nourrir, jusqu’à l’influencer. « C’est une touche d’épouvante et de fantastique dans un portrait très réaliste. » Cet apport à la fiction n’est pas sans rappeler le maître incontesté du genre Stephen King : « On me l’a souvent dit d’ailleurs, cette parenté avec Stephen King, ça me flatte beaucoup puisque j’aime beaucoup ce qu’il écrit. » Un récit fort donc, teinté d’une aura mystérieuse où on ne sait pas toujours vers quoi on se dirige.

À la fin du roman, encore là, sans trop en dire, le narrateur perd un peu le contrôle de lui-même, obnubilé qu’il devient par les questionnements que le passé a fait surgir sur sa vie. Il se démène sur un manuscrit, agit de manière erratique. On en arrive même à douter de sa santé mentale. Tout le roman peut donc se lire de deux manières, sous deux loupes d’interprétation.

« Le genre romanesque reste pour moi une grande découverte, une grande satisfaction. J’ai aimé ce rythme d’écriture, pouvoir travailler un texte, le laisser reposer un mois ou deux, et pouvoir y revenir, en réécrire un segment en prenant un angle de vue différent, et choisir ensuite un passage à conserver. »

Espérons qu’il a assez aimé le genre romanesque pour s’y commettre de nouveau. Tristan Malavoy est sans aucun doute un vrai passionné pour qui le milieu littéraire québécois importe beaucoup. Son premier roman est une réussite, entre autres pour son côté mystérieux qui débouche malgré tout sur une belle lumière, ne serait-ce que pour cette exploration du terreau fertile que peut être la culture autochtone, une culture qui tend à reprendre la place qui lui revient en littérature québécoise et qui reste malheureusement méconnue de plusieurs.

Extrait:

« L’été va égrener ses heures et ses questions sans réponses. Nous ne nous verrons pas tous les jours du mois d’août, Laure et moi. Nous nous verrons à son retour, oui, nous retrouverons un peu de la flambée insouciante qui colore nos joues depuis le printemps, mais nous serons peu à peu séparés par tout ce que la vie place sur la route des enfants de douze ans. Avec Steve aussi, je vis sans le savoir notre dernière grande saison de complicité. Il n’a pas été admis au collège privé où j’irai l’an prochain. Il me dit qu’il s’en fout. C’est peut-être vrai, mais nous aurons bientôt nos bandes respectives. Nous irons de moins en moins taquiner le crapet-soleil, nous ne ferons pas réparer notre carabine la prochaine fois que le plomb se coincera dans l’étroite culasse, et tout le monde apprendra à vivre avec l’idée que Yannick-Lunatique ne reviendra plus boire de crème soda sur sa banquette vert usé, toujours la même. »

Elizabeth Lord 

Le nid de pierres, Tristan Malavoy, Les Éditions Boréal, 2015.