Quelqu’un de célèbre a déjà dit : La vie, c’est comme une boîte de chocolat. On ne sait jamais sur quoi on va tomber. C’est exactement la même chose avec les expositions. Présentement, le Musée d’art contemporain présente trois femmes artistes : Blass, Amer et Mutu jusqu’au 22 avril 2012. Cette récente visite m’a révélé une artiste dont j’ignorais l’œuvre et qui fut instantanément un véritable coup de cœur pour moi : Wangechi Mutu.

Cette artiste est née en 1972 au Kenya. Elle a quitté son pays natal pour l’Angleterre afin de poursuivre une formation en sculpture et en anthropologie. Elle vit et travaille maintenant à New York. Mutu s’est fait connaître par ses collages qui portraiturent des femmes dont le corps est stéréotypé, déformé ou pornographique. Le tout reproduit avec un grand soin esthétique.

L’ensemble de son travail se centralise autour de deux thématiques : la femme noire et la mutation du corps. L’univers de Mutu au MACM se déploie dans une très grande pièce aménagée, ayant au centre l’installation Moth Girls, 2010. Avant de vous parler de cette pièce forte, je vais vous faire patienter un peu et approfondir un instant l’analyse d’un de ses collages : People in Glass Towers Should Not Imagine Us, 2003. Il s’agit d’un dytique opposant deux portraits : l’un d’une femme blanche et l’autre d’une femme noire. Toutes deux arborant les clichés propres à leurs races. La première, juchée sur ses talons hauts, a comme bras des motocyclettes; symbole criant de la toute-puissante culture occidentale. La seconde revêt une peau de léopard la confinant dans une imagerie désuète de l’Africaine précolonisée. Pourtant, elles baignent dans le même décor onirique où des champignons-méduses flottent dans le ciel. Critique un peu simpliste de la réalité, mais combien efficace!

L’œuvre maîtresse de l’exposition est sans aucun doute Moth Girls, 2010. Moth, c’est d’abord un papillon de nuit et un gros. Saviez-vous que certaines espèces peuvent mesurer plusieurs dizaines de centimètres d’une aile à l’autre? Incroyable! Dans cette installation, Mutu a recouvert trois murs de fresques noires dont les coulisses s’étirent jusqu’au plancher. L’ensemble est recouvert de papillons aux ailes de cuir semblant prendre leur envol au même moment. Il s’agit en fait d’une hybridation du corps de la femme et de celui de l’insecte. La femme représente ici : une exilée, celle qui déplace sa famille, poursuit la lignée et maintient la sécurité autour de ses êtres chers. La cause de cet exode est symbolisée par des lacs africains. Ils sont peints en rouge telles des blessures à vif. Ces mêmes lacs ont connu dans le passé de sanglants génocides. L’œuvre de Mutu expose les souffrances méconnues de l’Afrique aux Occidentaux par le biais de l’universalité de la résilience humaine. Il se dégage de Moth Girls, 2010 un étrange mélange de morbidité et de beauté. C’est un peu comme regarder trop longtemps les couleurs d’un papillon naturalisé. On finit presque par oublier l’épingle qui le transperce.

Vous êtes maintenant à la fin de cet article et une question vous titille peut-être. N’y avait-il pas trois artistes exposés au MACM? Et bien oui. À mon sens, le travail de Mutu a éclipsé largement celui de Blass et de Amer. Allez-y, mais attardez-vous à l’œuvre de Mutu. Vous m’en redonnerez des nouvelles !

– Maryvonne Charpentier

Amer, Blass et Mutu sont exposées présentement au Musée d’art contemporain de Montréal jusqu’au 22 avril 2012.