Le conseil de la semaine, c’est un peu pour donner au suivant, pour écrire ce que Julie Gauthier aurait bien aimé lire quand elle était seule à son bureau de directrice générale de la coopérative Paradis (dans un vieux cinéma froid où la neige rentrait l’hiver), poste dans lequel elle portait tous les chapeaux: c’est elle qui posait l’abri tempo, qui gérait un débordement de toilette un 25 décembre et qui n’avait qu’une pomme et une orange pour Noël (seul le dernier item est fabulé). Aujourd’hui artiste (cinéaste-scénariste à temps partiel), directrice du Conseil de la culture du Bas-Saint-Laurent et à la vice-présidence du Réseau des conseils de la culture du Québec, Julie a envie de partager son savoir avec tous les travailleurs culturels et artistes de la relève qui ont besoin d’un coup de pouce pour le côté le plus plate (ou pas?) de la force : financement, développement de projet, marketing… Name it! À suivre tous les lundis.

Il y a quelque chose de choquant dans la fable La cigale et la fourmi de Lafontaine. Cette fable où la cigale est clairement l’artiste et la fourmi celle qui a une « vraie » job. Parce qu’évidemment les artistes ont du plaisir, donc ils n’occupent pas de vrais emplois… et donc ils n’ont pas le droit d’avoir de l’argent.

J’organise un colloque/conférence/activité de financement/tombola/ pique-nique… Pourrais-tu venir jouer quelques tounes? Je n’ai pas de budget pour te payer, mais ça va te faire de la visibilité. »

ou

Heille, j’aurais besoin de nouvelles photos pour ma compagnie/d’une murale pour mon magasin/d’un montage vidéo pour une pub, pourrais tu venir me faire ça? Ça va être le fun, on va faire ça autour d’une bière. Je paye la pizza! »

Sérieusement… Est-ce qu’il nous viendrait à l’idée de demander à un chirurgien de venir nous enlever l’appendice en échange d’un six pack ou à un plombier de venir changer sa robinetterie pour un calzone?

Dans mon travail de gestionnaire d’organismes culturels, j’ai à peu près tout entendu. Je peux vous dire également que l’artiste est souvent son pire ennemi en matière de « mettre du pain pis du beurre sur sa table ». Surtout en début de carrière, ce moment où la fameuse offre de visibilité est attirante. Pourtant, se donner ou se vendre au rabais n’aide personne, ni soi-même ni les autres qui tentent d’établir des salaires raisonnables pour eux et leurs semblables.

Mon premier conseil pour cette chronique serait donc de reconnaître sa valeur en tant qu’artiste. Comment faire pour savoir ce qu’on vaut?

Plusieurs organismes peuvent vous aider à établir votre valeur. Par exemple pour les artistes en arts visuels, le RAAV (Regroupement des artistes en arts visuels du Québec) a publié un guide pratique assez complet qui comporte une section sur les droits d’exposition ou les contrats.

Dans le secteur de la musique, c’est un peu la jungle. Il est possible de calculer le cachet à demander en évaluant le nombre de spectateurs attendus x 50% du prix des billets. Évidemment, ce n’est pas un calcul immuable, mais ça peut servir de base à une négociation. Un soliste ne doit pas gagner moins qu’un groupe : le cachet s’applique à la prestation. Toutes les formules sont possibles, mais n’oubliez pas que la personne avec qui vous discutez de votre cachet en a probablement négocié des dizaines dans l’année et a donc une longueur d’avance sur vous, qui êtes en début de carrière. C’est là que l’agent entre en jeu. Dans tous les cas de figure, signez un contrat! Vous me remercierez, le jour ou un propriétaire de salle voudra renégocier votre contrat en vous payant en bières APRÈS votre prestation (et après avoir bu trop de shooters sur le stage).

Une autre ressource INCONTOURNABLE (auto-plug facile) : les Conseils de la culture. Il y en a dans toutes les régions du Québec qui peuvent vous aider ou vous guider vers les meilleures ressources selon votre situation.

Vous pouvez aussi vous informer auprès de vos pairs (pas ceux qui font des shows gratis là, les autres). Ne vous gênez pas pour établir des prix en cohérence avec votre offre artistique : vous gagnerez en crédibilité et votre garde-manger sera moins vide.

Oui, vous pouvez offrir vos services gratuitement si la cause vous tient à cœur, pour des amis, ou pour toutes autres raisons où vous trouverez votre intérêt. Dans tous les autres cas, dites-vous que vous méritez un salaire. Vous investissez dans du matériel, vous vous déplacez, vous vous nourrissez, vous investissez du temps. Bref…vous travaillez!

– Julie Gauthier (qui écrit aussi ici!)