Le conseil de la semaine, c’est un peu pour donner au suivant, pour écrire ce que Julie Gauthier aurait bien aimé lire quand elle était seule à son bureau de directrice générale de la coopérative Paradis (dans un vieux cinéma froid où la neige rentrait l’hiver), poste dans lequel elle portait tous les chapeaux: c’est elle qui posait l’abri tempo, qui gérait un débordement de toilette un 25 décembre et qui n’avait qu’une pomme et une orange pour Noël (seul le dernier item est fabulé). Aujourd’hui artiste (cinéaste-scénariste à temps partiel), directrice du Conseil de la culture du Bas-Saint-Laurent et à la vice-présidence du Réseau des conseils de la culture du Québec, Julie a envie de partager son savoir avec tous les travailleurs culturels et artistes de la relève qui ont besoin d’un coup de pouce pour le côté le plus plate (ou pas?) de la force : financement, développement de projet, marketing… Name it! À suivre tous les lundis.

Aujourd’hui, je vous parle (encore) d’influence sociale. Prenez votre mal en patience, je vais probablement en parler aussi la semaine prochaine. L’autre jour, je parlais d’obéissance, notion qui relève de l’influence sociale.

Oui, mais c’est quoi l’influence sociale? Demandons à Paicheler : c’est « … l’ensemble des empreintes et des changements que la vie sociale ou les relations avec autrui produisent sur les individus ou les groupes, qu’ils en soient conscients ou non conscients. »

Oui je sais, c’est un peu angoissant comme concept, surtout le bout du « non-conscient ». Raison de plus pour poursuivre votre lecture. Parce qu’un intellectuel inconscient n’est plus qu’un pauvre type, ce n’est pas moi qui le dit : c’est Bernard Pivot.

L’influence sociale assume une double fonction. D’une part, elle sert à uniformiser et faire accepter les normes, les valeurs et les critères de jugement en gérant et en réduisant les différences. D’autre part, elle vise à stimuler le changement social par la négociation des conflits et la mise au jour des dissensions inévitables au sein d’un groupe.

Autrement dit, elle est indispensable dans toutes vos réunions d’équipe.

L’influence sociale s’exerce, peu importe la grandeur du groupe : dans vos réunions entre collègues, dans votre conseil d’administration, auprès des membres d’une coopérative en fait, chaque fois qu’il faut trouver des solutions à des problèmes en groupe.

Il existe plusieurs formes d’influence sociale. L’obéissance en est une, la conformité aussi (ça, c’est mon billet de la semaine prochaine) et la normalisation (ça, c’est ce qui suit, et ce n’est pas une nouvelle invention de l’industrie de la mode pour vous revendre du vieux stock Vuarnet/normcore).

La normalisation, c’est l’influence réciproque exercée par les individus dans les groupes. C’est la loi du compromis. L’être humain est constitué d’une manière qui fait que la plupart du temps, quand il y a consultation de groupe, tout le monde tente de se rapprocher de l’opinion des autres afin d’éventuellement faire consensus.

Quand il y a divergence d’opinions, trois instances sociales permettent de trancher les différences : la tradition (c’est les expériences du passé ou quand ta grand-mère te lance un : « Dans mon temps, ça ne marchait pas de même, pis on marchait 22 kilomètres nu pieds dans la neige pour se rendre à l’école… Pis l’école avait même pas de murs, pis arrête de sauter en avant du fourneau, tu vas faire tomber mon pain. »), la science (documentation scientifique sur le sujet ou « Ça doit être vrai le gars parle avec une éprouvette dans les mains et un sarrau. Tu imagines? Il avait un sarrau! ») et le consensus (décision commune ou le fameux : « Moi je vote pour lui parce que toute ma famille vote pour lui… » C’est d’une logique et d’une cohérence sans faille, non?).

Le problème principal avec le consensus, c’est qu’il tend à se polariser autour des positions dominantes, qu’elles soient modérées ou extrêmes. Le groupe fait des compromis jusqu’à rejoindre la position de la personne qui exerce la plus grande influence au sein du groupe même si son point de vue est dénué de raison. C’est ce qu’on appelle la polarisation. Bon ici, je ne parle pas de vos lunettes fumées polarisées (by the way, Milk & Bone vient de sortir une superbe collection de lunettes, et je capote) : je parle de la concentration des activités, de l’influence, de l’attention sur un même sujet.

Une autre problématique du consensus réside dans le phénomène d’abstention. Certains individus renoncent à leur pouvoir d’action en comptant sur le fait que quelqu’un d’autre prendra la décision à leur place. Certains individus s’abstiennent en signe de protestation, mais le résultat demeure le même, il ne participe pas au consensus. « Ce n’est pas seulement en s’abstenant d’agir que l’homme accède à la liberté de non-agir » : méditez là-dessus si vous n’êtes pas en train de saigner du nez à force d’essayer de comprendre cette citation, de toute manière c’est pas moi qui le dit, c’est Bhagavad-Gita.

Si vous saignez toujours du nez, c’est par ici.

Le groupe exerce parfois sur les individus qui le composent une emprise similaire au phénomène d’hypnose. Dans les groupes, l’esprit critique et le sens de la responsabilité personnelle est affaibli et d’autre part, les réactions émotionnelles sont stimulées. Il arrive donc parfois que des gens adoptent en groupe des normes de conduite qu’ils pourraient juger inacceptable de manière individuelle.

Pourquoi est-ce que nous normalisons notre conduite? Par désir d’acceptabilité et par peur du rejet. Maintenant que vous avez terminé votre lecture, et que vous êtes passé du côté de la conscience, vous serez plus à même d’éviter les pièges de la normalisation.

Julie Gauthier (qui blogue aussi ici)

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