Crédit photo: Dominique Chartrand

Au cours d’une production théâtrale, des liens se tissent: les nombreuses pratiques propices aux insides et aux fous rires; le fait de savoir qu’un objectif commun nous réunis, nous mène dans la même direction. Dans les loges : des confidences, des appréhensions. Pour contrer le stress, on se défoule, chacun à sa manière; certaines femmes aiment bien chanter pour le faire. C’est au cours d’une de ces expériences rassembleuses que se sont rencontrées Geneviève Bilodeau, Dominique Pétin et Marie-Ève Pelletier. De leur amitié grandissante est né un projet: Le Brassières Shop, Voix de poitrine dont la première représentation a été donnée ce lundi 17 décembre au Théâtre Quat’sous.

La promotion entourant le spectacle mettait l’accent sur la chanson comme partie prenante du spectacle, mais demeurait nébuleuse sur sa forme: Serait-ce une comédie musicale? Un monologue dans lequel des chansons seraient savamment introduites? S’agirait-il d’une anthologie de la chanson québécoise ou du statut évolutif de la femme exploré à travers cette dernière?

Aujourd’hui encore, le mystère plane un tantinet. C’est qu’il y a de tout dans le Brassières Shop et ce, autant par rapport au contenu que du contenant. Par contre, si les chansons adaptées par les trois complices passent de Richard Desjardins à Gnarls Barkley, en passant par Ariane Moffatt ou Christian Bégin, la tendance est de leur donner une teinte mélancolique à presque tous les coups. Heureusement, leurs voix s’accordent harmonieusement, aussi les acrobaties vocales auxquelles elles se livrent donnent néanmoins consistance et rythme à l’ensemble, bien que la dynamique des «mises en contexte» ne s’y prête pas toujours.

Les trois artistes sont charismatiques à souhait : elles s’assurent la connivence des femmes par le rire, à coup d’allusions à la psyché féminine et séduisent la gente masculine de leurs regards tantôt coquins, tantôt enjôleurs. Sitôt la chanson d’ouverture terminée, elles semblent convier le spectateur dans leur salon pour un brin de causette. Le public se laisse tout de suite amadouer, est prêt à suivre cette nouvelle direction, tout déboussolé qu’il était  au premier abord.

Déboussolé, il le sera à nouveau. Une vue d’ensemble sur la mise en scène révèle son inégalité. À certains moments, on croit percevoir un fil narratif, à d’autres un rassemblement par thématique, mais le tout n’est pas fluide. Peut-être une autre perception viendra les contredire, mais jusqu’à maintenant, deux options s’offrent à mon raisonnement. Dans l’une, il s’agit de trois copines qui vivent différentes phases émotives typiquement féminines entre elles, dans l’autre, il s’agit plutôt de passer du général à l’intime, puis de l’individu vers la collectivité. Dans les deux cas, le propos n’est pas suffisamment affirmé pour se distinguer comme démarche artistique. Du moins, pas à la première écoute.

Les interventions entres les performances chantées sont variées : des répliques de stand up, des monologues, des sketches et au courant du spectacle, s’ajoutent des vox pop mettant en vedette le sexe féminin à tous les stades de la vie. Toujours sympathiques, elles provoquent tour à tour le sourire et les éclats de rires, mais ne mènent pas nécessairement à une cohésion de l’ensemble.

Les chansons tendent vers le dramatique, les interventions entre ces dernières, vers l’humour. Ces ruptures de tons auraient eu avantage à se ressentir entre les thématiques ou phases plutôt qu’entre les types de performance. Le tout était loin du désagréable; la maîtrise dans l’exécution et le plaisir qui s’y rattachait était palpable, simplement, une plus grande affirmation du style recherché aurait été de mise pour que l’harmonie du spectacle s’agence à celui de leurs voix.

 

– Vickie Lemelin-Goulet

 

Brassières Shop, Voix de poitrine au Théâtre Quat’sous jusqu’au 21 décembre