Crédit photos : Julie Artacho

Le Brasier, quel étrange objet théâtral à définir. Ce texte de David Paquet repousse les limites de l’absurde. Dans une mise en scène percutante signée Philippe Cyr, cette comédie noire présente trois histoires dont le point commun est pour le moins, surprenant et insolite. La pièce, qui a remporté un vif succès en 2016 et 2017, joue en reprise à la salle Jean-Claude Germain du Théâtre d’Aujourd’hui. Des supplémentaires hautement méritées sont déjà annoncées.

La première histoire met en scène Claudette, Claudie et Claudine. (On sent déjà le ton.) Dans l’ordre, ce sont les comédiens Paul Ahmarani, Dominique Quesnel et Kathleen Fortin qui incarnent les trois sœurs atypiques. Vêtues d’habits simplistes s’agençant dans une teinte de beige saumoné, elles partagent la même amertume face à la vie, face à leur mère qui leur répétait sans cesse: « J’aurais dû mettre un stérilet tabarnak! ». Si la trame de fond semble dramatique, et bien que l’auteur se soit inspiré des tragédies grecques en ce qui concerne les thèmes de la fatalité et du destin, on rit du début à la fin.

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Des rencontres inusitées

Dans la deuxième histoire, à l’entrée d’un sous-sol d’église, deux êtres esseulés se découvrent un drame commun, mais surtout une complicité. Carole, bouleversée par la perte de son chat, et Clément, le geek se qualifiant lui-même de rejet, sont vraiment attachants. Sous les traits très caricaturaux du nerd et de la fille stéréotypée aimant les chats, l’interprétation de Paul Ahmarani et Dominique Quesnel est bouleversante, criante de vérité et sincère. C’est d’ailleurs la force du texte. Sous la couche d’absurdité, ces êtres en apparence banals, ceux dont on dépeint très rarement le quotidien, sont marqués d’une fatalité plus grande qu’eux. Le texte est ponctué de métaphores tout simplement délicieuses et grinçantes pour évoquer ces drames héréditaires.

Enfin, la troisième histoire met en scène Caroline interprétée avec une intensité déconcertante par la jubilante Kathleen Fortin. Un tour de force pour cette actrice qui nous tient captifs d’un monologue avec une montée dramatique spectaculaire. Une histoire désopilante et vraiment triste à la fois. Un personnage aux prises avec des tensions intérieures perturbantes, avec un fantasme tordu. Encore là, l’auteur nous amène vers un destin inusité et touchant. Un texte admirablement bien ficelé mené par des acteurs chevronnés qui semblent laisser leurs trippes sur la scène à chaque soir.

Et que dire de la mise en scène. Un décor minimaliste constitué d’un îlot en fleur. En arrière-plan se dresse un rideau de glaçons dorés semblables aux décorations cheap de sapin de Noël. La scène exigüe et la proximité avec le public donne à penser qu’il n’y a pas que les personnages qui s’embrasent, mais le spectateur qui s’y brûle également. Le malaise des personnages devient le sien. Le titre de la pièce porte bien son nom et donne lieu à des images brutales. À voir pour la spécificité de l’œuvre qui ne ressemble à rien d’autre que du grand Paquet!

Edith Malo

Le Brasier de David Paquet, présenté à la salle Jean-Claude Germain du Théâtre d’Aujourd’hui. Du 23 janvier au 3 février 2018. Supplémentaires annoncées. Pour plus d’informations, c’est ici.

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