Crédit photos : LePigeon

La créatrice Angela Konrad se concentre sur l’écriture théâtrale par le prisme d’interrogations critiques du monde d’aujourd’hui. Dans sa nouvelle création Last Night I dreamed that somebody loved me, l’artiste met en scène Éric Bernier dans une pièce créée autour des liens entre la musique populaire et des réflexions d’ordre philosophiques et psychanalytiques, dans le but de créer un pont entre la low et la high culture.

Le spectacle veut interroger la quête du bonheur et son rapport avec les besoins reliés au narcissisme. Parsemée par les chansons de Shirley Bassey ou encore de The Smiths dont les paroles sont diffusées sur un écran, la pièce s’articule entre un personnage principal qui dévoile ses sentiments, sa vie et surtout ses défaites, et quatre protagonistes qui vont et viennent sur scène pour illustrer ses propos, par leur simple présence ou par la danse.

Basé sur un discours construit à partir de nombreux textes de sciences humaines et sociales, le monologue est délivré dans un langage soutenu, très classique et très analytique, qui veut traduire une dérision tragique, mais qui paraît finalement gênante et surjouée.

Une pièce noyée par son propre reflet

Pendant une interminable heure et demie, ce sont plusieurs défauts de composition qui nous perdent et nous ennuient. Malgré une très bonne incarnation des textes, l’interprète ne parle pas au public, mais s’écoute. Évidemment qu’il s’agit du thème même du spectacle, mais dans son analyse permanente de lui-même, il met à distance le public et ne permet aucun attachement à son personnage. Ainsi, sa déchéance narcissique est trop étalée à la vue et ne permet pas de savoir s’il faut être gêné, amusé ou simplement découragé par sa situation.

Avec la multiplicité des thèmes abordés (quête du bonheur, narcissisme, syndrome des réseaux sociaux, musique populaire, amour, peur de vieillir), les morceaux de textes se répètent trop souvent sans effet comique, et n’atteignent aucune émotion par ce détachement lyrique et intellectuel imposé par un vocabulaire soutenu et prétentieux.

Avec les quatre interprètes, les interactions sont douteuses, parfois dénuées de sens, parfois même quétaines. De plus, la mise en scène est vraiment répétitive. On s’attend à la venue de chaque interprète, l’un après l’autre, pour une fin toujours tragique et pathétique facilement prévisible.

De longueur en longueur

La pièce nous perd par des longueurs en ce qui concerne le rythme général. Les interminables monologues côtoient les chansons pop qui semblent être présentes simplement pour provoquer un peu d’émotion chez le public. De plus, les mélodies sont jouées en entier, de façon inutile et très redondante.

L’interprète s’exprime à voix haute, via un micro ou sur un enregistrement. Pourquoi ces trois façons de divulguer un texte? Cela ne paraît pas justifié à part pour faire référence aux chansons en utilisant un micro. Pourquoi présenter une petite chorégraphie à la fin avec les quatre interprètes? Encore une fois, difficile de comprendre.

L’arrivée du chien montre le seul personnage à qui le public réussit à s’attacher. Comme une envie de mettre une touche d’humour à la fin d’un spectacle lourd et difficile à saisir.

Léa Villalba

Last Night I dreamed that somebody loved me, du 10 au 21 octobre 2017 à l’Usine C. Pour plus d’informations, c’est ici.

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