Un cadavre, le coffre d’une bagnole qui a du vécu : tu vois le topo. Il y a plusieurs explications possibles, question de point de vue. Troisième chaînon des BD provenant des «café-scénar» entre Benjamin Adam et ses complices, Lartigues & Prévert, paru le 25 février chez La Pastèque, c’est l’histoire de plusieurs histoires qui doivent se conjuguer le contre d’un temps.

La question est sur toutes les lèvres : que s’est-il passé? Normal que chacun veuille ajouter son grain de sel, non? Et puis, les deux protagonistes sont en cavale, difficile d’empêcher que les hypothèses se multiplient. C’est qu’il faut tenir compte de plusieurs intervenants et des intérêts personnels de ceux-ci, ce qui donne lieu à une enquête de ouï-dire et d’autojustifications. Même chez les principaux intéressés, les questions planent. Chacun conservant jalousement les informations qu’il détient, le doute s’installe.

Cette multiplication des perspectives s’impose à tous les égards, notamment dans la composition des planches. Certaines sont plus saisissantes; leur abord est parfois précédé d’un doute quant à la direction à prendre, puis par une suite d’essais et, finalement, par la réalisation que toutes ces dernières se valent.  D’autres planches, en apparence si simples, surprendront par leur spontanéité. Chacune des cases ne conserve que le strict nécessaire pour créer un mouvement; une impression peut-être, mais qui s’impose en bloc. À la manière dont il saisit plus d’opportunités de lumière ou de relief qu’on est porté à en croire possibles avec un maximum de trois couleurs à la fois, Benjamin Adam a réellement le chic pour complexifier les choses, mais par-dessus tout, il a l’art de manier contenant et contenu de sorte à ce que la réponse à une question donnée ne soit nullement prioritaire dans l’expérience de lecture – c’est Prévert qui va être content!

J’ai mentionné au départ qu’il s’agissait du troisième et j’ajouterai ici, du dernier opus d’une série. Je ne m’épancherai pas sur ses prédécesseurs ici, mais disons qu’ils ont soudainement piqué ma curiosité.  Si vous êtes comme moi, vous ne tarderez pas à courir vous procurer Vents Dominants (Sarbacane, 2009) et Les derniers jours d’Ellis Cutting (Gallimard, 2010).

– Vickie Lemelin-Goulet

Lartigues & Prévert de Benjamin Adam paraîtra en mars 2013.