Y a-t-il un thème plus universel que la rupture amoureuse? Universel oui, mais pourtant si unique à la fois dans la façon de la vivre et de la ressentir. Sous la direction de Maryse Latendresse et Marie Lamarre, Larguer les amours présente l’expérience de vingt femmes appartenant à trois générations différentes, toutes professions confondues.

Elles sont auteures, journalistes, réalisatrices, dramaturges, scénaristes et plus encore. Publié aux éditions Tête Première, ce projet s’inspire d’une nouvelle de Louise Dupré. Le recueil s’entrouvre d’ailleurs avec son texte « Les yeux givrés » alors que les histoires suivantes sont classées en quatre parties, quatre titres de chansons de Lisa Leblanc: « Sacre-le là au plus vite », « Je t’aime, je t’aime plus, je sais plus », « Eh cher (t’as dépassé les limites de mon hospitalité) » et « Pourquoi j’me sens toujours si seule (quand t’es là)? ». Les paroles de l’auteure-compositrice-interprète entrouvrent ainsi chacune des parties avec son franc parler et sa bonhomie.

Les récits sont relatés sous diverses formes. De la poésie pour Lise Gaboury-Diallo. Dans « Vin de paille », cette professeure de lettres consacrée chevalière de l’Ordre des Palmes académiques en 2016, utilise les caractéristiques du vin, son goût, son origine et les sensations que procure l’alcool pour imager la rupture.

Marie-Sissi Labrèche, elle, privilégie le dialogue dans « Le Kanuk blanc ». Une conversation téléphonique entre une fille qui tente en vain de flusher une date plate, et lui, qui s’acharne désespérément à connaître ses motifs. L’auteure dresse le portrait parfait du type vraiment lourd, d’une insistance et d’un pathétisme sans limite, et de cette fille piégée dans ses justifications superflues. Le tout ponctué de répartie et d’humour.

Extrait :

– Qu’est-ce que t’aimes pas chez moi à part mon Kanuk?
– C’est pas ça, c’est juste que je suis mieux tu-seule.
– Non, non y doit y avoir des choses que t’aimes pas chez moi, j’veux les connaître.
– Arrête, j’ai pas envie de m’embarquer là-dedans.
– J’veux le savoir pour m’améliorer, pis peut-être qu’on va dépasser les deux semaines de même.
– Câlisse! Tu comprends pas! On est jamais sortis ensemble. On s’est vus deux fois, on a baisé deux fois, pis ça s’arrête là. J’ai pu envie de te revoir.
– Pourquoi? Je suis sûr que ça pourrait marcher nous deux. »

Chaque histoire, si brève et concise soit-elle, offre une perspective unique. Certaines sont cocasses, d’autres prêtent à une réelle réflexion sur la nature des relations. Je pense, notamment, à celle d’Émilie Dubreuil, « Rue Sainte-Geneviève », qui traite de l’amour à l’ère des réseaux sociaux. Un fossé se creuse entre deux individus, qui dès le départ, n’avaient peut-être pas la complicité espérée. La surexposition de leurs moments à deux devient une façade, une illusion du bonheur. D’autres encore sortent des conventions et nous conduisent vers des avenues inusitées. Dans « Même pas nous », la réalisatrice Ariane Louis-Seize met en scène deux êtres conscients du danger de leurs affects. Une relation taboue sur le point, ou non, d’aboutir.

Larguer les amours est un recueil que l’on maintient à proximité, question de l’entrouvrir à l’occasion pour soit rire, soit se consoler, soit se rassurer. Ou se rappeler que le vide ressenti après une rupture est temporaire. Que le passage du temps est le véritable baume sur un cœur meurtri. Que l’être aimé qu’on idéalise, que l’on pose sur un piédestal est parfois un subterfuge. Ou encore comme le présente si bien Isabelle Dubé dans « D’un stationnement à l’autre », que le désir obsessif de tout quitter, de tout larguer est parfois plus rassurant que de subir l’usure du temps, le manque d’écoute et d’empathie de son conjoint et l’absence de démonstration d’affection.

Bref, la diversité des émotions et des réflexions dans ce recueil saura très certainement parler aux lectrices et évoquer des similarités avec leurs propres histoires. Quand on se compare, on se console…

Edith Malo

Larguer les amours, Sous la direction de Maryse Latendresse et Marie Lamarre, Éditions Tête première, 2017.

Le texte sera mis en lecture par Marika Lhoumeau dans le cadre du Festival international de la littérature (FIL) le 27 septembre prochain à 20h au Lion d’Or. Pour tous les détails, c’est ici.

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