On le sait, on nous le répète à toutes les sauces : le milieu culturel est précaire, si ce n’est même cruel par son instabilité. Quitter un poste, partir sans plan précis, est-ce que c’est juste possible pour, par exemple, les adjoints administratifs ou les hygiénistes dentaires qui peuvent espérer trouver un emploi en claquant des doigts (ou en envoyant un petit curriculum vitae à droite et à gauche)? Audrée Loiselle, férue attachée de presse, a déjoué les attentes en allant dans une autre direction. Sans filet de sûreté. Dans la chronique « L’après », on suivra son cheminement – qu’on devine déjà passionnant et un brin rocambolesque. Place à l’après.

Après plus de cinq ans au sein de la même entreprise, j’ai dû changer d’air. Pour plusieurs raisons, mais entre autres à cause de la mutation du monde médiatique, en mouvance depuis quelques années.

L’après, juste assez flou pour permettre une lassitude mais également indicateur d’un deuil ou d’un renouveau. Les deux étant indissociables de toute façon. Je suis ici, dans ce salon de thé, pour te parler de l’après, du maintenant, et il y a ce jazz lancinant qui ondule sur les murs, pendant que l’homme assis au comptoir m’observe furtivement. J’ai peut-être du rouge à lèvres sur les dents, qui sait. Mes yeux sont rivés sur mon écran, mais je l’entends. Il parle d’un maître bouddhiste X, avec la jeune dame qui lui explique le menu en parallèle. Ça fait drôle d’être ici, sur les heures régulières de bureau.

Voilà, je travaillais en tant que relationniste de presse dans le domaine musical précisément – et évasivement en événementiel – et dans le domaine humoristique. La relation de presse, pour te donner une idée, agit comme pont entre l’artiste (le projet, la compagnie ou la personne) et les médias. Il faut impérativement connaître son sujet, puisque qu’il devra être arrimé à la préférence personnelle du média et s’inscrire dans sa ligne éditoriale. Il s’agit de bien d’autres choses évidemment, mais tu es en mesure de te dresser un léger portrait avec ces indications.

Maintenant, chacun doit retrouver sa place, évoluer dans un cadre en changement, avec une approche nouvelle et repenser l’environnement culturel, et ce de façon naturelle et vivante. Je ne quittais pas l’équipe, elle était vraiment chouette, ni mon patron qui est une bible de connaissances (un patron-homme nice, peux-tu croire), mais je tournais les talons au métier. Mon patron en a profité, lui aussi, pour passer à une autre étape, au sein de sa boîte. Peut-être qu’on s’appréciait un peu moins à ce moment-là, en particulier, ma job et moi. Dissolution de la danse organique qui aurait dû être. Alors j’ai tout balancé, sans plan précis, d’un pas errant. Ce travail si stimulant qui avait pris toute la place, sans trop que je m’en rende compte, tout d’un coup se tapissait dans un coin antérieur.

J’allais pouvoir rattraper le sommeil perdu. J’avais l’impression d’en avoir pour dix ans de fatigue accumulée. Sauf que finalement, ce n’est pas si reposant se questionner sur ce qui pourrait me faire vibrer à présent. Je me suis sentie coincée entre la honte d’être en stagnation durant plusieurs semaines, la culpabilité de ralentir le pas, la carence de motivation, l’angoisse, le sentiment de liberté, la douceur des possibles, ma répulsion face à toute forme de gestion et/ou de responsabilité, l’envie de n’exister que pour moi et le regard des autres (imaginaire surtout). Un amalgame de sentiments contradictoires et l’impression de vivre dans le creux d’une bourrasque.

Petit aparté, je vais te tutoyer. D’accord? C’est que vois-tu, comme mes chroniques vont être très introspectives, je sens qu’il se doit de laisser choir les protocoles entre toi et moi. Tu vas te propulser rapidement dans mes failles et mes réflexions, assumons notre intimité.

Bref, l’après, pour le moment, c’est accepter le ici et maintenant pour une courte intervalle, légèrement en suspens. Moins flamboyant, plus petit, ni rebutant, mais doux. Tu sais, laisser cette poussière retomber, l’accepter, l’embrasser et permettre aux idées, aux projets et aux envies de mûrir et de grandir. Présentement, les détails crient plus fort que d’habitude. Peut-être que j’irai le rencontrer ce master du bouddhisme inconnu, pourquoi pas. Dans l’immédiat, par contre, j’ai d’autres idées qui mijotent. On s’en reparle?

– Audrée Loiselle

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