On le sait, on nous le répète à toutes les sauces : le milieu culturel est précaire, si ce n’est même cruel par son instabilité. Quitter un poste, partir sans plan précis, est-ce que c’est juste possible pour, par exemple, les adjoints administratifs ou les hygiénistes dentaires qui peuvent espérer trouver un emploi en claquant des doigts (ou en envoyant un petit curriculum vitae à droite et à gauche)? Audrée Loiselle, férue attachée de presse, a déjoué les attentes en allant dans une autre direction. Sans filet de sûreté. Dans la chronique « L’après », on suivra son cheminement – qu’on devine déjà passionnant et un brin rocambolesque. Place à l’après.

Un baril salin. C’est ce qui arrive quand tu pars ta base de soupe avec de la saumure de fêta au lieu d’utiliser de l’eau claire, elle goûte la rétention d’eau. Je ne pouvais m’empêcher d’imaginer mes muscles s’atrophier sur eux-mêmes dans une inhalation désertique pour ensuite gonfler comme un cactus. J’étais en train de m’épivarder sur cette image ubuesque, quand une bribe éclair de conversation a émergé. On m’a passé la remarque que le texte « L’après » : avant « l’avant » d’une relationniste qui change d’air dépeignait une autre réalité sur les relationnistes que ce que les gens s’en faisaient. Interloquée, j’ai demandé de quoi il en retournait. « Ben tu sais là, les gens pensent que les relationnistes ce sont des petites poupounes qui ont toujours eu tout cuit dans le bec » Ah oui? C’est ça qu’ils se disent? Diantre! Ne pas réaliser les paramètres du stéréotype dans lequel je me trouve. Typique. Je prends satisfaction à briser ce mythe, puisque de balivernes il s’agit, évidemment. Ceci étant dit, c’est tout de même à cause de ce genre de préjugés aériens que j’éprouvais moi-même une certaine réticence vis-à-vis l’industrie. Appréhension préalable d’entrée en matière.

Étiqueter et mettre dans des boites comme un réflexe sécurisant. Une couette de préfabriqué pour éviter de piler sur des œufs, j’imagine.

Finalement, je me suis fait happer par la mouvance de la vague et j’ai aimé m’y laisser bercer. J’avais quitté mon emploi d’intervenante de loisirs et agente de communications au profit des personnes vivant avec des troubles de santé mentale ou avec une déficience intellectuelle – Oh! Suis-je entrain de briser doublement le mythe ? Je l’espère fortement. Je me sens mesquine -, mais je continuais de travailler au sein de cette salle de spectacles, de laquelle j’avais été embauchée quelques années auparavant. Éboulement d’événements et concours de circonstance, j’ai par la suite suivi un stage en relations de presse, parce que pourquoi pas.

Le milieu ne m’était pas totalement étranger, puisqu’une partie de ma famille œuvrait dans le merveilleux monde médiatique. Participation éphémère, pour le plaisir d’apprendre quelque chose de nouveau. Ensuite j’ai migré vers un département de billets de faveur sur des festivals montréalais. Ceci! Le département mystère et un peu incompris. Qu’à ne cela tienne, j’ai fait des rencontres marquantes cet été là et j’ai reçu une formation informelle inattendue en gestion du stress. Siffler en travaillant, que ça va vite quand la musique vous aide à travailler (avec ou sans les sept nains). Parfois en mi-pleurnichant mi-m’esclaffant à cause du temps qui s’entasse ailleurs que sur l’oreiller. Par la suite, mon chemin s’est arrêté dans ce poste de relationniste de presse. J’avais été embauchée pour une durée de 2-3 mois, qui se sont métamorphosés en années, à mon grand plaisir.

Je n’avais pas plus de quelques semaines d’accoutumance quand mon patron m’a lancé tout bonnement « Toi, dans 10 ans, qu’est-ce que tu aimerais faire? Tu penses que tu vas être rendue où? » J’avais pris une pause et l’avais regardé un peu dubitative. Il avait ajouté dans un demi-sourire « Je n’essaie pas de te coincer. On jase. Ça m’intéresse réellement » Alors j’avais répondu que je caressais l’envie de créer un endroit artistique au profit des jeunes contrevenants, à risque ou issus de milieux contraignants. Que j’y pensais depuis un moment. Satisfait, il avait continué à insérer le CD dans l’une des enveloppes blanches éparpillées devant lui. Cette idée ne m’a jamais quittée. Comme une conviction brute et intuitive.

Tu conviendras que je t’ai ouvert une porte assez grande, jusqu’à présent, dans mon univers. Je te dis « Pas besoin de frapper pour entrer chez moi. »

(Tu as maintenant la chanson prise dans la tête. Ça me fait plaisir. Aussi, c’est une blague. Cogne avant d’entrer.) Ce à quoi j’ajouterai que j’ai un côté show off qui aime bien se mettre en scène à l’occasion. Ce côté qui parle fort et qui habite l’espace avec intensité, c’est aussi lui qui me fait honte parfois. Ch’t’un farfadet comme dirait l’autre. Qui plus est, je revendique vraiment le droit que tout un chacun puisse être présomptueux en toute légitimité, de temps à autre. Tu es hot et fière de toi, embrasse-le pour l’amour. Que tout le monde empoigne le paon qui sommeille en lui. Je suis pro péteux.ses de broue inclusifs!

Pourquoi donc est-ce si irritant, dérangeant, ébranlant? Je me permets de faire un parallèle entre mon petit discours d’empowerment et les caressantes paroles de la poétesse Rupi Kaur – How do I shake this envy when I see you doing well. Sister how do I love myself enough to know your accomplishments are not my failures. We are not each other’s competition. Peut-être qu’il se loge là le malaise : l’expansif et l’assumé versus l’insécure (Quelques fois tout ça dans la même personne. Émotions interchangeables). Lorsque l’autre semble si bien s’embrasser, peut-être qu’on le reçoit au visage comme une inefficacité de notre côté. Qu’il nous catapulte nos déroutes, nos travers, notre jalousie, le bout de nous, comme une arrogance et un affront cinglant. Je fais partie de ceux là. Des fois. Parfois.

Je m’épanche ingratement sur mon parcours, mais je réalise qu’un truc coince peut-être – la translucidité du terme « industrie ». Mais de quoi est-il donc question au juste ? Je vais donc tenter de te dresser un portrait grossier et en surface, simplement pour que tu puisses saisir globalement toute la foison et possiblement quelques subtilités au passage. Je vais m’abstenir de parler publicité puisqu’il s’agit d’un tout autre univers tout aussi vaste. Une seule personne peut assurer plusieurs de ces rôles et maints artistes ne travaillent pas avec tous les intervenants présentés ci-bas. Certains s’auto-produisent, alors que d’autres n’utilisent l’expertise que de certains professionnels. Chaque parcours est unique.

Artiste – Le talentueux qui shine. Celui qui propose une idée, un projet, un spectacle, un album.
Gérant – Il assure une bonne synergie entre les divers intervenants. Il conseille et surveille les intérêts de son artiste. Tu sais cette personne qui agit un peu comme un parent.
Diffuseur – L’institution qui décide de présenter le concert, elle pourra le faire dans un lieu de diffusion tels une salle de spectacle, un théâtre ou une église, par exemple.
Programmateur – La personne qui monte une programmation. Ce peut-être, par exemple dans le cadre d’un festival ou au sein d’un lieu de diffusion. Celle qui se dit « Hum ce spectacle est divertissant, je crois que le marché que je dessers l’appréciera également et ça tombe bien il s’insère parfaitement dans la programmation que je mets en place. »
Tourneur – La personne qui s’assure que l’artiste puisse présenter son spectacle dans des lieux de diffusion. Cette personne est principalement en contact avec les diffuseurs et les programmateurs, c’est le chef d’orchestre des tournées.
Directeur de tournée – Il s’assure que la tournée se déroule de manière proactive et le plus naturellement possible. Ceci incluant, les chambres d’hôtel, le transport, les heures d’arrivées et de départ, les répétitions et tutti quanti.
Pisteur – Cette personne pousse pour qu’une chanson préalablement choisie (un single) entre en rotation (c’est-à-dire jouée sur les ondes) dans les radios (commerciales, communautaires, universitaires ou digitales).
Relationniste de presse – Le pont entre les médias et l’artiste. La personne qui représente l’artiste et qui tente d’intéresser les médias au projet. Cette personne gère l’horaire promotionnelle (Les entrevues, les mentions, les critiques, la couverture d’un concert, à titre d’exemple).
Éditeur – Il s’arrange pour faire connaître les œuvres en s’assurant entre autre qu’elles sont bien répertoriées dans différentes sociétés de gestion. Il est par exemple la personne qui se dit « Me semble que je verrais cette chanson jouer dans le prochain film de Denys Arcand, essayons voir. »
Maison de disques – Ils investissent dans le projet (investir est un verbe important ici). Ils croient en l’artiste et vont mettre les efforts pour le propulser vers l’avant et lui offrir les outils nécessaires pour y arriver. Parfois en lui accordant un service 360 degrés, c’est-à-dire qu’ils se chargeront de couvrir toutes les sphères du plan stratégique de mise en marché et parfois de production.
Médias – Radio (traditionnelle et digitale), journal, magazine, site web, blogue, télévision, podcast… Ils possèdent une tribune avec une ligne éditoriale. On pense notamment aux recherchistes, journalistes, blogueurs, influenceurs, chroniqueurs, animateurs, critiques et toutes les équipes de production, gestion, correction, collaboration, consultation, organisation, création, brainstorming, vente, promotion, programmation, et autres, autour du média.
Consultant marketing numérique – Ceci est relativement nouveau dans la sphère musicale. C’est un métier qui s’est construit avec l’avènement du numérique et des réseaux sociaux. Cette personne crée du contenu et des stratégies numériques adaptées au projet. Elle nourrit les divers réseaux et diverses plateformes de son client.
Plateforme numérique de téléchargement ou de streaming – Itunes et Spotify par exemple. Créateur de playlists et d’environnements sonores agréables et diversifiés.
Distributeur – Celui qui s’assure de l’accessibilité (et par le fait même de sa pérennité) à la musique, de manière physique (en magasin) et numérique. Cette chanson que tu as entendue au café et que tu dois impérativement te procurer – quelqu’un s’est chargé de ton bien-être puisque tu pourras la trouver facilement.

Mais il y en a d’autres, plein d’autres…
Producteur, sonorisateur, mixeur, Artiste visuel (pochette d’album, poster), éclairagiste, technicien, graphiste, metteur en scène, subventionneur, directeur artistique, pour ne nommer que ceux-là.

Je réitère qu’il s’agit d’une esquisse de la sphère musicale et qu’il existe bien d’autres particularités, mais que ceci pourra potentiellement te permettre de te dresser un portrait des acteurs œuvrant au cœur de l’Industrie.

– Audrée Loiselle

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