Crédit photo : Thomas L.Archambault

En entrant aux Ateliers Jean-Brillant, je me suis retrouvée avec un numéro dans la main. 4. Mais pourquoi? J’allais vite être mêlée à un parcours déambulatoire des plus intéressants, entre divers contes d’auteurs de talent sous le thème du courage. Bienvenue à la 5e édition des Laissés Pour Contes!

Premier univers? Le texte Madeleine de Marianne Moisant, décidément celui qui nous fera le plus rire de la soirée. Entrée douce dans une soirée qui allait parfois prendre des airs très lourds. Assis dans un escalier, en pleine dégustation d’un chip-liqueur, un employé de dépanneur (David Bélanger) nous accueille : « Vous souvenez-vous de Madeleine? Madeleine Picard? Heille, toutes les médias en parlaient quand c’t’arrivé… Une fille du quartier! Qui est v’nue nous dire: que ça s’pouvait… de GAGNER! » Hilarant sans le vouloir, le pauvre homme nous raconte la triste histoire de Madeleine, qui n’avait qu’un souhait: remporter le gros lot de 43 millions de dollars. Une femme ordinaire qui voulait une vie extraordinaire, une femme qui a trouvé son moteur dans ce souhait presque irréalisable, qui a eu le courage d’espérer. Et si le seul fait d’avoir un rêve donnait un sens à la vie? Et si Madeleine n’avait finalement besoin que de cette lueur d’espoir pour avancer?

Le groupe 4 a ensuite été invité à s’asseoir à une longue table, où nous attendait Laurence (Tania Kontoyanni). La douce et réservée Laurence, qui allait voir sa vie basculer en novembre 2014. C’est à la suite d’une rencontre avec un homme qu’elle désire ironiquement plus que tout que tout, et qui dépassera les limites pour la posséder, que la femme vivra un des moments les plus traumatisants de sa vie. Bleu néon, le conte vibrant de Pierre-Marc Drouin, vise droit le mille : on sort de la pièce avec un poids supplémentaire au cœur. « Pourquoi j’ai pas fini par m’en aller, même aujourd’hui, c’est nébuleux. Peut-être parce que c’était ma fête… Peut-être parce qu’y pleuvait pis que ça me tentait pas d’enjamber des rigoles d’eau froide devant chaque trottoir… Peut-être parce que personne m’attendait chez nous… »

Rendez-vous ensuite dans la chambre d’une vieille dame (Carmen Sylvestre) en chaise roulante – attachée par des chaînes au plafond, brillante idée – qui nous plonge dans ses souvenirs dans le texte Un temps avant la nuit de Pierre Chamberland. Vibrant plaidoyer contre le manque de respect envers les personnes âgées, le conte met en lumière les souffrances trop souvent gardées secrètes de nos aînés. Comment avoir le courage d’en parler aux infirmiers impatients, à la famille qui risque de ne plus vouloir rendre visite au moindre écart? Criant de pertinence.

Direction ensuite vers le conte Lucie-aux-phobies de Marie-Ève Charbonneau, la descente aux enfers d’une asociale qui tente de se guérir sur fond de party de Noël au bureau. Triste… Mais impossible de ne pas rire! Excellente, Andréanne Théberge fait vraiment honneur au personnage complexe de Lucie.

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Place à Christine, texte de Jean B.Couvrette interprété par nul autre que Maxim Gaudette. En entrant dans la petite pièce jonchée de casiers, l’homme s’excuse : il a croisé une ex… Ou plutôt son kick du primaire. En se rappelant cet amour d’enfance, il se mettra à revisiter de lourds souvenirs qui mettent en lumière le manque de courage. Vous êtes-vous déjà douté d’une situation malsaine que vous n’avez pas dénoncé par peur des représailles, ou même, de seulement briser l’harmonie? Le personnage, oui. Et ça pèse encore très lourd sur sa conscience. « Y’a plein d’affaires qui me sont revenues dans tête ce matin-là… des affaires qu’à l’époque, je voyais pas, qu’y avaient l’air ben normal mais que là, 10 ans plus tard, prenaient une autre signification ».

Tous les petits groupes – qui vous le devinez déjà, ont tous eu droit à des expériences différentes – se sont rejoints pour assister aux deux derniers contes, Mémoires de Marie-Pascale Picard – qui raconte l’histoire d’une mère à la recherche de sa fille marquée à jamais par son passage dans un pensionnat autochtone – et Un pick-up pour quekpart, conte de Maryse Latendresse sur l’évasion, et surtout, la célébration des morts qui nous sont chers. Des textes intéressants, sans plus : à se demander pourquoi ce sont ces oeuvres qui ont clôt la soirée.

Tous ces contes ont pu rayonner grâce à l’ingénieuse mise en scène de Valérie Le Maire et la scénographie du sculpteur Jean Brillant, qui ont bien investi le magnifique espace des Ateliers Jean-Brillant en optant pour une formule déambulatoire entre plusieurs petits espaces. Parfait pour favoriser une atmosphère intimiste, ce qui – dans ce cas précis – a bien servi les textes. Dommage toutefois de manquer quelques mots lorsqu’un éclat de rire résonnait par-ci ou lorsqu’un conte était plus bruyant par-là. Ce petit bémol n’est toutefois pas venu affecter la qualité de l’événement, qui réussit année après année à donner voix à des contes qui n’auraient sûrement pas cette tribune autrement, tout en se renouvelant. Chapeau!

Mélissa Pelletier

Les Laissés Pour Contes, du 16 au 27 mai 2017. Pour toutes les informations, c’est ici.

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