L’année 2017 a été marquée par la perte d’un grand homme de la littérature québécoise : Réjean Ducharme. Quelques jours après l’annonce de son décès, paraissait Le lactume, publication surprise d’un livre pour la première fois soumise à Gallimard en 1966, après L’avalée des Avalés, et depuis oublié.

La Maison de la littérature présente, et ce jusqu’au 4 mars 2018, l’exposition Le Lactume, où il est possible d’admirer quelques originaux du manuscrit de Réjean Ducharme ainsi que la reproduction intégrale du livre composé de 198 dessins et textes. Les images sont groupées sous différents thèmes chers à Ducharme, thèmes qui ont parcouru la totalité de l’oeuvre de ce dernier : la figure du créateur, les relations amoureuses, la mort et l’acte de création.

Ce sont d’ailleurs ces mêmes thèmes qui ont guidé la narration du spectacle-lecture Autour du lactume, qui a eu lieu le 24 janvier dernier, aussi à la Maison de la littérature, mis en scène de Martin Faucher et interprété par Markita Boies. Ce spectacle-lecture avait aussi été présenté au Festival international de la littérature en septembre dernier. Si par moments on y découvre un Réjean Ducharme amoureux, comique, on y côtoie aussi l’auteur politisé et engagé qu’il était, bien à sa façon. Bien que sobre, la mise en scène a mis en valeur l’oeuvre de Ducharme et a permis au spectateur de bien s’imprégner des dessins de Ducharme. Malgré un mécanisme de présentation de ceux-ci qui pouvait devenir redondant, il était intéressant de toujours garder en tête la première forme de l’oeuvre : un livre entier et pensé pour être regardé avant tout.

Si aux premiers abords, on ne pouvait pas s’attendre à une narration, la manière dont les dessins ont été agencés nous présente bel et bien une histoire, du moins un récit où des personnages s’animent. Il y a l’auteur/créateur avec ces questionnements sans fin, ces observations parfois comiques, souvent ironiques. Il y a Isabelle, l’amoureuse, l’amante, celle qui est toujours présente. On en croise d’autres, bien sûr, en filigrane. Markita Boies rend honneur au texte de Ducharme, avec sa voix fabuleuse; elle personnifie justement l’humour, l’ironie et le ton souvent désinvolte de Ducharme.

Ce qui rend cependant ce spectacle réussi est l’ajout des textes qui entrecoupent les scènes de présentation des dessins. Ces textes de Lautréamont, Corneille, Rimbaud, Nelligan ainsi que des extraits du roman Le nez qui voque de Ducharme, donnent une perspective nouvelle et une profondeur particulière aux dessins du Lactume et offre un hommage ludique au «Nobel de la désinvolture» comme se qualifie lui-même Ducharme.

Elizabeth Lord

Exposition Le lactume, jusqu’au 4 mars 2018 à la Maison de la littérature. Les informations se trouvent ici.

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