On pensait avoir vu ce qu’il y avait de plus bizarre après Le labyrinthe de Pan, mais Guillermo del Toro vient encore nous bouleverser avec son plus récent film, La forme de l’eau (The Shape of Water). En bref, c’est une histoire d’amour aux relents hollywoodiens entre une concierge muette (Sally Hawkins) et une mystérieuse créature aquatique (Doug Jones). Oui, une créature. Aquatique. Non, ce n’est pas une sirène comme Ariel ou un super-héros comme Aquaman, mais plutôt un croisement entre un homme et un poisson : un être à la morphologie humaine avec le visage d’un axolotl. Ah Hollywood, quand tu nous tiens!

Film d’époque, La forme de l’eau nous transporte aux États-Unis des années 60, en plein climat de Guerre Froide. Les services secrets américains tentent des expériences sur une mystérieuse créature capturée dans une rivière sud-américaine, où les locaux considèrent le monstre comme une sorte de dieu. Pour une fois, les rôles archétypaux sont inversés : les Américains sont perçus comme des méchants et les espions russes comme des gentils!

Mais ce qu’il y a de plus perturbant, c’est bien la relation qui se développe de manière trop prévisible et maladroite entre la protagoniste et l’homme-poisson. Communiquant par la musique, la danse et le langage des signes, un lien sincère se crée entre les deux personnages marginalisés par la société à cause de leurs différences (l’une et muette et l’autre est… un monstre).

Certes, dans notre société où gouvernent les concepts flous et malmenés de diversité culturelle et de « multiculturalisme », ce film cherche à faire accepter les différences, quelles que soient ces différences. Mais ce qui aurait pu être une belle amitié doit-il vraiment se transformer en relation amoureuse? Est-il réellement nécessaire de nous expliquer comment les deux amants pratiquent le coït interespèce? Je ne crois pas. Cette maladresse nuit fortement à la portée émotionnelle du film et vient détruire la crédibilité du propos. Faisons fi de la non-reproductibilité entre espèces, aimons-nous tels qu’on est!

Malgré tout, on retient du film une direction artistique sublime orchestrée par Nigel Churcher qui redonne vie aux années 60. Des dîners éclairés aux néons multicolores, des appartements urbains au look vieillot, sans oublier un centre de service secret américain, qui est étonnamment bien peu tourné vers la sécurité. Le tout dans une teinte rétro aux couleurs pastel. La composition musicale originale composée par Alexandre Desplat est elle aussi brillamment agencée avec un arrière-goût jazzy à la mode des années 60. La sélection de chansons d’époque risque de vous donner envie de vous lever de votre siège pour pratiquer vos pas de danse swing ou de claquettes afin de vous divertir un peu…

Mais ne rudoyons pas trop un film américain qui mérite quand même d’être vu par un après-midi pluvieux, quand l’eau de pluie éveille en nous des passions nouvelles.

P.S. Je tiens à préciser que ce n’est pas un film à voir en famille, tant la nudité gratuite et les scènes de monstrophilie pourraient susciter de profonds malaises chez les plus jeunes.

Anthony Dubé

La forme de l’eau prendra l’affiche au Québec le 15 décembre 2017.

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