Revivre le Printemps érable, c’est ce que propose l’auteur Biz dans son dernier roman, La chaleur des mammifères publié aux Éditions Leméac. René McKay, cinquante-cinq ans, est professeur de littérature à l’université. Blasé, il transmet sa matière sans grande conviction, répétant des concepts usés à une génération d’étudiants qui lui échappe. Même sa relation avec son fils Mathieu, un geek de vingt ans dépendant aux réseaux sociaux et balbutiant un franglais courant, est parsemée d’incompréhension.

Fraîchement divorcé de sa femme Vicky, René fonde très peu d’espoir en la gent féminine. Les sites de rencontre l’ennuient ; les services d’une escorte le refroidissent. S’il semble un personnage pathétique à la lecture de ces premiers mots, au contraire, il est plutôt drôle et attachant. Que ce soit ses répliques moqueuses à l’endroit d’une esthéticienne dans un bar de quinquagénaires qui ne saisit pas ses références littéraires à Céline, ou son argumentaire sans appel face à une étudiante qui s’obstine pour la note de 80%, qualifiant d’audacieuse la remise d’une page blanche comme travail…  Le personnage de René est loin d’être monolithique. Il nous fait naviguer entre la répulsion et la compassion.

Si la grève étudiante arrive seulement plus tard dans le roman, elle illustre parfaitement la transformation qui se produit chez René. L’enseignant n’est pas totalement indifférent à l’ampleur des revendications des étudiants. Il est plutôt fier de cette jeunesse qui se soulève. Biz parvient à dresser une fresque du Printemps érable d’une authenticité qui ravive l’émotion de l’époque. On sent le mouvement prendre forme, des prémisses allant de la prise de parole des étudiants aux manifestations qui se déchaînent dans les rues de Montréal. La violence des policiers y est clairement exposée, tout comme la grogne populaire et les radios poubelle. Mais ce qui demeure, c’est l’élan citoyen, l’entraide et l’unité qui se dresse comme une ligne de front sur un champs de bataille.

On reconnaît l’éloquence de Gabriel Nadeau-Dubois sous les traits fictifs du porte-parole Alexis Binet-Caron. Et surtout, on finit cette lecture avec le sourire aux lèvres empreint d’un sentiment de gratitude. Un sentiment de sérénité et d’espoir face à l’avenir.

Edith Malo

La chaleur des mammifères, Biz, Éditions Leméac, 2017, 160 pages

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