Mon premier est un hameau inondé ou un chef indien siwanoy. Mon second est un sous-arbrisseau dont l’incandescence purifie les lieux ou un vénérable guide opalescent qui rayonne. Mon tout s’appelle Gaëlle Bellaunay et s’explique ci-dessous.

D’où viens-tu ?

Je suis originaire de Bretagne, mais mes parents travaillaient à Paris. Par la force des choses et par obligation, j’ai vécu là-bas, mais sans jamais avoir l’âme d’une Parisienne. J’y ai un peu fréquenté l’université avant de partir pour les États-Unis. Je suis maintenant à Montréal depuis plus de 4 ans en tant que résidente permanente. J’ai d’ailleurs reçu hier l’accusé de réception de ma demande de citoyenneté. Mon dossier est en traitement et je me croise les doigts pour qu’on veuille bien de moi (rires).

Avant Kensico, il y avait quoi ?

Bien que mes racines soient dans le rock, j’ai fait beaucoup de jazz, un peu par accident. Au moment de quitter l’université, ma grand-mère m’a convaincue de décrocher un diplôme en musique. Pour enseigner si je n’arrivais pas à vivre de mon matériel. Rapidement, on m’a mis en contact avec un big band, j’ai enregistré un album et je suis partie en tournée. Ça m’a permis de jouer à Jack Kerouac pendant quelques années. Mon propre album à moi, en raison de ce que la vie m’a apporté, a dû attendre et mûrir plus longtemps.

Tes voyages, et notamment la rencontre du désert, semblent avoir été déterminants pour toi sur le plan artistique ? Comment t’es-tu retrouvée à fréquenter les grands espaces ?

Je n’ai pas du tout grandi dans le culte des États-Unis. Le hasard a simplement fait en sorte que j’ai rencontré à 19 ans un Américain à Paris qui deviendrait le père de mon enfant. Pour des questions de visas, il est retourné aux États-Unis et je l’ai suivi. Il était mannequin et je faisais de la musique, ce qui nous permit de beaucoup voyager. On pouvait déposer nos valises dans un endroit pendant quelques mois, puis repartir quand les gens en avaient marre de sa gueule (rires). Une vraie vie de beatnik. Et comme il était originaire du Dakota du Sud et moi des côtes littorales bretonnes, on était naturellement attiré par les grands espaces, que ce soit au Texas ou dans la Sierra Madre au Mexique. Toute ma vie, en fait, j’ai recherché ce type d’endroit. C’est comme ça que j’ai rencontré tous les musiciens qui ont travaillé sur l’album, dans le parc national de Joshua Tree.

L’album a été enregistré au studio Rancho de la Luna en plein désert californien. Parle-moi un peu de l’expérience.

C’est une petite maison dans le désert, une atmosphère particulière, avec une qualité de silence extraordinaire et des paysages magnifiques. Et les odeurs! C’est vraiment spécial. Il y a aussi une belle communauté d’artistes dans les environs. C’est près de Los Angeles, mais beaucoup plus abordable. Pour ce qui est de l’enregistrement, j’ai d’abord travaillé en laboratoire avec Daran, en vase clos, chacun dans sa pièce, avant de se réunir pour faire avancer le travail. Il faut dire que nos premières maquettes contenaient davantage d’éléments électros et des textures beaucoup plus détaillées. Quand les autres musiciens se sont greffés au projet, le son a semblé perdre de sa cohérence. Donc on a tout refait.

Et au diable l’électro ?

Oui, on voulait finalement quelque chose de plus organique, où chacun pouvait apporter sa pierre et sa couleur, sans rompre le fil conducteur. Quelque chose de plus tangible sur scène aussi. Il faut dire que ce projet-là existe depuis longtemps. Il est né aux États-Unis, puis je l’ai travaillé en France avec quelqu’un d’autre. À une certaine époque, j’étais dans un trip très cinématographique, à jouer dans des atmosphères à la Morricone, avec un travail vocal beaucoup plus grave. Daran, dans son rôle de réalisateur, m’a dit que je n’étais pas dans mon bon canal de communication et que ce n’était pas pour moi le meilleur moyen de rejoindre les gens. On était tous d’accord sur ce point.

Toi qui es parfaitement bilingue, quel est ton rapport à la langue ? White Sage aurait-il pu être un album francophone ?

J’ai toujours eu un rapport très étroit avec l’anglais. Petite, j’ai passé beaucoup de temps en Angleterre parce que ma mère a fait une partie de ses études là-bas. C’est une langue que j’ai toujours parlée et qui a toujours été présente dans ma vie. Et pendant de longues périodes, aux États-Unis, je ne parlais que l’anglais. Quand j’écris, ça vient dans une langue ou dans une autre, mais je dirais que 70 % de la production est formulée en anglais. C’est forcément influencé par la musique que j’écoute et par mon style de vie. Peut-être qu’un jour j’écrirai un album entier en français. J’ai de la matière. Mais pour celui-ci, surtout étant donné que j’étais dans le désert aux États-Unis, l’anglais s’est imposé.

Sur scène, à quoi peut-on s’attendre de vous ?

J’ai deux formules : full band ou duo. Et comme je ne veux jouer qu’avec les meilleurs et que les meilleurs sont généralement très occupés, j’ai deux musiciens par poste, en rotation. Ce n’est jamais le même line-up. De mon côté, dans mon rôle de chanteuse, j’aime une certaine forme de minimalisme. Le propos du disque n’est pas très excentrique. Il est même plutôt sombre. Si j’ai un truc à dire, je le dis, mais je ne suis pas du genre à sauter dans tous les sens. J’aime bien la sobriété et surtout d’idée de respecter sur scène le matériel qui se trouve sur le disque. On risque quand même de bien s’amuser.

Propos recueillis par Nicolas Roy

Kensico + Blood And Glass
Samedi 21 février, 21h
@ O Patro Vys (356, av. du Mont-Royal Est)
7 $