Joan Jonas, They Come to Us without a Word, 2015, Image tirée de la bande vidéo, avec l’aimable permission de l’artiste. Source : DHC/ART

Jusqu’au 18 septembre, DHC/ART présente la première rétrospective de l’artiste américaine Joan Jonas en sol canadien. Cette exposition majeure est sans contredit l’événement de l’année en art contemporain à Montréal.

Joan Jonas, monstre sacré

Artiste pionnière de l’art vidéo et performatif, Joan Jonas voit son travail célébré partout dans le monde. Ses œuvres ont occupé le Pavillon américain lors de la plus récente édition de la prestigieuse Biennale de Venise. Il était donc plus que temps que les Montréalais la rencontrent!

Jonas est l’une des figures les plus influentes des cinquante dernières années du monde de l’art et fut la première à assembler performance, vidéo et installation au sein de mêmes œuvres. Elle se met en scène de manière théâtrale et sophistiquée, avec accessoires et costumes. Dans ses œuvres, la vidéo agit comme un miroir : projections et écrans lui renvoient sa propre image, décalée dans le temps et l’espace. Son image est filmée puis projetée et filmée de nouveau. La vidéo est, pour Jonas, un outil de manipulation du temps et de l’espace. Et la performance, un dialogue avec soi. D’ailleurs, l’artiste affirme ne jouer que pour la caméra, sans jamais penser au regardeur.

Forgé par ses nombreux voyages, son vocabulaire visuel est truffé de symboles, mythes, icônes et références culturelles variées (pays nordiques, Japon, etc.) ainsi que de références autobiographiques. Cet été, les espaces de DHC/ART seront envahis par la magie de Joan Jonas.

Joan Jonas, They Come to Us without a Word, 2015, Image tirée de la bande vidéo, avec l’aimable permission de l’artiste. Source : DHC/ART

Joan Jonas, They Come to Us without a Word, 2015, Image tirée de la bande vidéo, avec l’aimable permission de l’artiste. Source : DHC/ART

Une rétrospective en deux temps

Les deux immeubles de DHC/ART, côte à côte, abritent l’exposition. Un trajet est suggéré, suivant la chronologique des œuvres : débuter au 451 St-Jean, du 4ème étage en descendant jusqu’au sous-sol, puis visiter les salles du 465 St-Jean.

Ainsi, au quatrième étage, sont présentées des installations vidéo, dont certaines réalisées en collaborations avec le musicien Jason Moran. Un chant envoûtant accompagne une vidéo tout en paysages enneigés, tournée en Norvège. Tout près, les mains de l’artiste expérimentant avec de l’encre sont projetées sur un écran. Devant, une sculpture de verre est traversée par la lumière et les images de la projection. Le résultat est d’une émouvante beauté.

Au troisième, les visiteurs sont invités à découvrir de nombreuses photographies et planches contacts, archives des tournages et performances les plus célèbres de l’artiste. On y apprend que la majorité de ses performances ont été créées en 1972 et 1973. Aussi, une œuvre vidéo réalisée par le sculpteur Richard Serra et mettant en scène Joan Jonas est diffusée.

Au deuxième étage, il y a, entre autres, la vidéo Volcano Saga (1985-1994) tournée sur plusieurs années en Islande et mettant en vedette l’actrice Tilda Swinton. Vous aurez peut-être déjà vu des extraits lors de certaines expositions de la Collection au Musée d’art contemporain de Montréal.

Au premier, une installation avec projection et téléviseur entourés de sculptures coniques blanches invite à la déambulation. Le symbole du cône est récurrent dans les installations de l’artiste, rappelant le chapeau des sorcières et des magiciens.

Lors d’une seconde visite, faites un tour au sous-sol et savourez plusieurs autres œuvres vidéo dans le confort d’une petite salle de cinéma.

Si la première partie de l’exposition est intéressante, la seconde est tout simplement spectaculaire. Un parcours immersif dans les installations de Joan Jonas permet de saisir tout le talent de conteuse de l’artiste. Par les thèmes de l’enfance, du jeu et des animaux, Jonas explore la relation de l’Homme avec son Histoire et avec son environnement. Des ombres, des objets et des dessins d’enfants évoquent avec mystère la vulnérabilité de l’humain et surtout, la fragilité de la nature.

Joan Jonas est au sommet de son art, un art complexe, multiple et palimpseste. C’est un privilège de pouvoir assister à ce grand rendez-vous. Il aura fallu toute une vie pour créer ces œuvres qui se rencontrent, se répondent et s’entrelacent.

À l’aube de ses dix ans, DHC/ART offre ce magnifique cadeau au public montréalais : une rétrospective à l’image de son artiste, bien vivante et déjà mythique. À voir et à revoir.

Joan Jonas, They Come to Us without a Word II, 2015. Extrait de performance, Teatro Piccolo Arsenale. Musique par Jason Moran et Joan Jonas. Photo: Moira Ricci. Avec l’aimable permission de l’artiste. Source : DHC/ART

Joan Jonas, They Come to Us without a Word II, 2015. Extrait de performance, Teatro Piccolo Arsenale. Musique par Jason Moran et Joan Jonas. Photo: Moira Ricci. Avec l’aimable permission de l’artiste. Source : DHC/ART

Une programmation éducative riche : visites, ateliers, performances et projections

Du 24 mai au 22 juin, en marge de l’exposition, DHC/ART propose une série de performances, de projections et de conférences, ainsi qu’un nouvel atelier de création pour les groupes, conçu avec l’artiste montréalaise Olivia Boudreau. Aussi, à compter du 4 mai, des visites guidées auront lieu les mercredis, jeudis et vendredis à midi. Tout est gratuit!

Téléchargez l’application de DHC/ART pour avoir accès à du contenu supplémentaire et un audioguide comprenant des commentaires inédits de l’artiste. Seul bémol, l’application n’est disponible que pour les utilisateurs de la plate forme iOS (iPhone, iPad).

– Marie Samuel Levasseur

Joan Jonas est présentée jusqu’au 18 septembre 2016 à DHC/ART. Pour plus de détails, c’est ici.