Crédit photos : Yves Renaud

L’Opéra de Montréal, en coproduction avec le Fort Worth Opera, présente JFK à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts ces jours-ci. Non, il ne s’agit pas d’une reprise du film JFK d’Oliver Stone ou de l’assassinat de John F. Kennedy. Cet opéra en trois actes composé par David T. Little et Royce Vavrek (librettiste) nous présente plutôt la dernière nuit du président américain et de son épouse Jackie Bouvier Kennedy.

Le 21 novembre 1963, veille du jour fatidique, le couple séjourne à l’Hôtel Texas à Fort Worth, ville voisine de Dallas. Basée sur des faits véridiques, sans pour autant être un documentaire, ce récit intime et touchant rassemble leurs derniers moments ensemble. JFK est un voyage fantasmagorique ponctué d’instants de lucidité qui rappelle le destin tragique d’un homme adoré du peuple américain.

Une scénographie stupéfiante

Cinq lettres immenses vert fluo se dressent à l’avant-scène : T-E-X-A-S qu’on peut lire avant de voir l’enseigne s’élever pour laisser place aux interprètes. Derrière, eux, un décor pivotant impressionnant où Les Trois Destins font leur apparition : La Fileuse, sous les traits d’une femme de chambre, Clara Harris, Le Mesureur, sous ceux d’un agent secret, Henry Rathbone, et Le Coupeur du fil de la vie, mystérieuse silhouette non identifiable. (Tellement discrète qu’honnêtement, je ne sais pas ce que l’on devrait voir. Aucun souvenir à ce sujet, mais si l’histoire le dit…) La plateforme tournante est constituée de différentes pièces : une chambre à coucher, un salon et la salle de bain où le premier acte s’amorce. John est littéralement plongé dans une baignoire afin de soulager ses terribles maux de dos. Jackie lui administre une dose de morphine, en lui soulignant les dérives de leur couple, puis s’en injecte une dose également.

Que le spectacle commence! John (Matthew Worth) entame un songe hallucinatoire. Il y aperçoit sa sœur Rosemary, un instant habillée comme une poupée un peu terrifiante, puis l’instant suivant vêtue d’une jaquette d’hôpital. Un pansement recouvre sa tête, vestige de sa lobotomie. Ainsi, les images surréalistes se succèdent. Sur la lune, le leader soviétique Nikita Khrouchtchev apparaît entouré de l’Armée rouge. Une dispute éclate entre les deux présidents. L’orchestre déploie sa fureur. Dès les premières notes de cet opéra, le ton est grave et dramatique. Puis enfin, douceur et répit. John revit la première fois où il a courtisé Jacqueline. Romantisme enivrant et touchant se dessine dans cette scène où Jack essaie de deviner le prénom de sa future épouse. Il évoque Arabella, rappelant le destin tragique de leur enfant mort-né. 

David T. Little, quel compositeur!

La musique de David T. Little dessine l’état second délirant dans lequel Kennedy s’enlise jusqu’aux images presque cauchemardesques du vice-président Lyndon B. Johnson et d’un troupeau d’hommes politiques texans vêtus de chapeaux de cow-boy. La mélodie bascule dans des airs jazzés. Une strip-teaseuse fait son entrée. Une jolie blonde rappelant Marilyn Monroe se tient devant le président assiégé. Des cheerleaders s’extasient… Bref, un joyeux cocktail molotov.

Le dernier acte met en scène la matinée du jour fatidique, le 22 novembre 1963. L’une des scènes les plus émouvantes est sans contredit celle entre Daniela Mack (Jackie) et Katharine Goeldner (lfuture Jackie – Jacqueline Onassis). Onassis aide Jackie à revêtir son tailleur Chanel rose si tristement célèbre. La servante Clara (Talise Trevigne) se joint à elles pour expliquer le rôle que Jackie devra assumer durant cette journée auprès du président qui s’apprête à livrer un discours. L’opéra JFK plonge littéralement le spectateur dans une palette d’émotions. D’ailleurs, certaines archives vidéo du couple sont projetées, remuant chez le spectateur des souvenirs certes, mais montrant aussi une icône politique charismatique comme il en existe très peu. Ce qui est vraiment intéressant aussi, c’est de découvrir une Jackie fragile et sensible. Hantée par la mort de ses poupons, démunie devant les infidélités de son mari, anxieuse face à la vie publique, elle est demeurée engagée auprès de cet homme.

JFK nous laisse avec des images percutantes, et un sentiment de nostalgie, mais un profond désir de replonger dans l’histoire de Kennedy. Pourquoi ne pas voir ou revoir les films JFK d’Oliver Stone et Jackie de Pablo Larraín avec Natalie Portman? 

Edith Malo

JFK, de David T. Little et Royce Vavrek, mis en scène par Thaddeus Strassberger, présenté à l’Opéra de Montréal en co-production avec Fort Worth Opera, à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts les 30 janvier, 1er et 3 février 2018, à 19h30. Pour plus de détails, c’est ici.

BABILLARD : Un événement à annoncer? Une formation dans le milieu culturel à faire découvrir? Envie de jammer avec des artistes de feu? Une offre d’emploi? Un autre truc à partager? C’est ici que ça se passe, maintenant, pour partager avec les lecteurs des Méconnus!