Crédit : Sherwin Lainez

Ça s’annonçait beau sur le toit d’Ubisoft samedi soir dernier, alors qu’on nous promettait les tours de chant de Wilsen et Jean-Michel Blais. Retour.

Wilsen en entrée

Accompagnée de sa guitare, la talentueuse Tamsin Wilson du trio brooklynois Wilsen a fait une entrée toute en douceur sur le toit d’Ubisoft. Assurant la première partie du pianiste Jean-Michel Blais, l’auteure-compositrice-interprète nous a d’abord offert la pièce Magnolia tirée de son EP du même nom. La version solo sans ses acolytes Drew Andt et Johnny Simon Jr. sonnait plus intimiste, épurée et éthérée. La glace était brisée, le charme rompu.

La voix envoûtante de Tamsin et son folk pop se mêlaient à une vue imprenable sur Montréal. Son charisme et son humour ont conquis le public. L’artiste a d’ailleurs joué quelques pièces de son premier album I Go Missing In My Sleep sorti le 28 avril dernier. Après Heavy Steps, elle a enchaîné avec Centipede, une pièce inspirée d’un insecte errant qui l’a fait réfléchir sur la paix intérieure. L’effet était apaisant, enveloppant et ensorcelant. Si vous désirez faire une belle découverte musicale, Wilsen a conquis la critique. Un album à vous procurer.

Place à Jean-Michel Blais

Sans la moindre adresse au public, le pianiste a pris place derrière son piano et a entamé quelques pièces de son album Il. Le silence était tangible, le moindre craquement de chaise perceptible. Le vrombissement inopportun d’un l’hélicoptère a dessiné un sourire sur les lèvres des spectateurs, et sur celles de Jean-Michel Blais. Cinq à dix minutes se sont écoulées avant que la mélodie ne se dissipe dans un silence total. Le pianiste s’est tourné vers son public :

« Vous avez eu peur, hein? ».

Désarmant de sincérité, un sourire charmeur et doté d’un fort capital de sympathie, Jean-Michel Blais a testé jusqu’où le public pouvait l’écouter jouer, sans questionner son absence de présentation. « On est timé avec le soleil qui se couche ». Les derniers rayons de soleil ont enveloppé ce moment privilégié. Blais nous a invité à passer la soirée en sa compagnie jusqu’à la tombée de la nuit, et nous a promis quelques nouveautés. « Mais soyez sages, ça fait partie du set list ». Définitivement, son charisme s’arrime de façon complice au public séduit.

Jean-Michel Blais maîtrise l’art du spectacle, exerçant une réelle fascination dans sa façon d’interpréter. À l’occasion, il s’est levé de son siège pour faire rebondir les cordes du piano entre ses doigts. Se décrivant comme un homme qui parle peu durant ses spectacles, il a tout de même pris la peine de nous expliquer ses compositions.

Ainsi, Budapest s’inspire des mélodies d’Europe de l’Est, mais avec des notes plus jazzy et romancées vers la fin. Quant à la pièce suivante, c’est la structure qui prend le pas. Le thème et les variations représentent l’aspect de la récurrence dans la vie. La mélodie agit comme une trame narrative. Une histoire qui défile, qui déferle devant nos yeux, naviguant entre la douceur, la tragédie, la colère et des moments lumineux.

Une nouvelle pièce, enfin!

Jean-Michel Blais nous a offert la pièce Dans ma main, inspirée du poème d’Hector de Saint-Denys Garneau. Une pièce avec une montée fulgurante. Un crescendo qui s’élève dans l’air frisquet, résonnant au milieu de la pénombre. Au loin, les lumières des buildings ont commencé à s’allumer. Quel moment! Puis, il nous a confié à la blague qu’il s’agit d’une vieille toune sur un album jamais sorti avant d’enchaîner avec une vraie composition inédite. « J’aime pas les rappels, faque je vais vous la faire tout de suite. C’est une pièce de nuit. Je ne sais pas ce que ça veut dire… » La pièce s’appelle Sourdine et elle consiste à ralentir ce qu’il appelle une trille, c’est-à-dire deux notes conjointes répétées rapidement et alternativement.

Cette soirée mémorable s’est terminée dans un moment de grâce, avec une pièce d’un pianiste qui a beaucoup inspiré Blais dans ses compositions, Philippe Glass. Dans l’obscurité, une étrange bestiole volatile a fendu l’air. Certains murmures ont évoqué une chauve-souris. Tous les éléments formaient un algorithme parfait. Fascinant, édifiant et profondément dense comme concert.

Edith Malo

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