En entrevue, Rose-Anne Déry, comédienne et co-créatrice de Je ne te savais pas poète, qui a été présenté le 3 août dernier à ZH Festival, explique le choix de mettre en scène la correspondance épistolaire de Pauline Julien et Gérald Godin extraite du recueil La renarde et le mal peigné :

Nous [elle-même et le co-créateur Laury Huard] avons été très touchés par l’humanité qui se dégageait de leur correspondance. Il y a une grandeur d’âme qui transcende leurs écrits.»

Elle note également qu’en plus d’être des artistes qui ont marqué leur époque, Julien et Godin étaient des artistes d’une rare authenticité. Il y avait une volonté dans leur art et leurs mots de rejoindre la vie, les gens. De faire de la poésie avec « les mots de la rue. » C’est donc avec une intention de revisiter leurs écrits pour continuer de créer ce pont entre l’art, la littérature et le peuple que s’est pensé la mise en scène. Une intention qui fait parfaitement écho à celle du ZH Festival qui, en plus de créer un espace nécessaire pour l’art émergent, s’intègre chaque année davantage à la vie du quartier d’Hochelaga-Maisonneuve.

L’accompagnement musical d’Yves Morin, la voix à la fois profonde et cristalline de Rose-Anne Déry, ainsi que des extraits audio des discours de Gérald Godin permettent en effet de rapprocher le spectateur de la transcendance, de la grandeur des personnages. Toutefois, l’interprétation par moments très académique des comédiens, aussi bien dans le ton que dans la gestuelle, nous en éloigne et nous rappelle un peu trop crûment que nous sommes au théâtre.

Par ailleurs, la mise en scène échoue à développer une approche novatrice du sujet : la correspondance des personnages apparaît ainsi plaquée et le cliché, un peu éculé, de la relation amoureuse houleuse se trouve porté à l’avant-plan. Cette difficulté à incarner la grandeur des personnages d’origine, nous amène à questionner la pertinence de revisiter une énième passion incendiaire entre deux artistes, d’autant plus dans une optique d’art qui cherche à transcender les barrières traditionnelles de l’académique pour atteindre la vie.

Les mots sont encore bien loin de la rue.

Katherine Raymond

Je ne te savais pas poète, présenté dans le cadre du ZH Festival. Pour tous les détails, c’est ici.

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