Crédit photo : Pierre Antoine Lafon Simard

Une pièce de théâtre-documentaire de 4 heures sur Hydro-Québec peut sembler rebutante, mais ignorer ce spectacle serait se priver d’un événement important dans l’histoire du théâtre identitaire québécois.

Parce qu’Hydro-Québec nous a, un jour, rendus maîtres chez nous. Parce que construire une relation amoureuse qui a de l’allure ça prend du temps et que notre relation avec Hydro-Québec ressemble de plus en plus à celle d’un amant ou d’une amante déchue. Parce que j’aime. Et parce qu’une fois que j’aime, je ne peux plus être indifférente.»

Suite à une demande d’Annabelle Soutar et de sa compagnie Porte-Parole, Christine Beaulieu s’est intéressée à notre société d’état, ses intentions, sa pertinence, son avenir. Séparée en cinq épisodes, créés au fil des recherches, la pièce oscille avec justesse et sagesse entre cours magistral, journal de création, réflexion politique, pamphlet écologique. Nous ne sommes pas devant une détractrice, ni une partisane, mais plutôt une citoyenne à la recherche de connaissances. Une véritable exploration de la relation qu’entretien le Québécois avec Hydro-Québec.

                                                                    Crédit photo : Pierre Antoine Lafon Simard

Christine Beaulieu commence l’odyssée, comme beaucoup d’entre nous, dans l’ignorance ou le folklore. Elle creuse, pose des questions, s’aperçoit qu’elle peut comprendre les réponses et qu’il s’agit de son devoir citoyen de se renseigner. Avant de rejeter ou d’accepter les choses en bloc, encore faut-il en saisir les aspérités. Les réponses qu’elle obtient suscitent d’autres questions, l’entraînant jusqu’aux abords de la Romaine. Son enquête se déroule à la manière d’une relation amoureuse tumultueuse, dans l’excitation, la passion, la fatigue, le désespoir, les larmes, les promesses, les découvertes.

Le mandat de Porte-Parole est le dialogue politique par le biais du théâtre. Pour dresser le portrait du contexte et du sujet, des intervenants de tous les camps ont été interrogés, mis en écho, testés. Leurs paroles seront rapportées sur scène par le biais d’extraits sonores ou mieux, par la performance de Mathieu Gosselin qui nous livre une dizaine de personnages sans jamais leur manquer de respect (aidé parfois de Mathieu Doyon, le concepteur sonore). On sent l’amour des gens à travers le travail de l’équipe. Le résultat final est un amalgame de nuances sur une situation nous ramenant à notre propre identité, notre relation avec nous-même et la considération que l’on s’octroie comme peuple québécois. Si par moment, les informations contenues dans le texte peuvent devenir arides ou carrément déprimantes, la candeur, la sincérité et l’humour de Christine Beaulieu viennent alléger le tout, permettant au spectateur de rester captivé. Il faut également mentionner le travail de mise en scène de Philippe Cyr, qui entretient le ludisme de l’auteure-comédienne, ajoutant ce qu’il faut d’oxygène pour ne pas étouffer le sujet.

                                                                   Crédit photo : Pierre Antoine Lafon Simard

Si la pièce nous propose une piste de réflexion sur l’énergie verte, sur l’avenir écologique au Québec, sur les différentes réalités socio-économique qui nous séparent d’une région à l’autre, c’est aussi une splendide allégorie sur l’identité québécoise, sur nos devoirs de société et sur le dédouanement auquel nous avons si facilement recours. Il est difficile de ne pas être ému devant cet effort colossal de sortir de la léthargie collective et de poser un geste. Un geste de création contribuant à notre relation à tous. Il faut voir J’aime Hydro pour mieux se comprendre, se pardonner et se tourner vers l’avenir. Pour ceux qui ne pourrait assister au spectacle, sachez qu’il sera disponible en podcast. J’ai envie de croire que le dialogue sera entretenu et l’enquête ouverte à perpétuité.

– Rose Normandin

J’aime Hydro, une coproduction du FTA, des productions Porte-Parole et de Champ Gauche, présentée à l’Usine C du 4 au 13 avril 2017. Pour les trois premiers épisodes en podcast, c’est ici.

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