Créer un film en mode journal, à la première personne, équipé de téléphones, de GoPro et de caméras photo, c’est la base du projet du jeune montréalais Ludwig Ciupka qui en est à son premier long métrage.

Sa proposition est somme toute simple : présenter un homme en quête du bonheur.

En l’entrée de jeu, on justifie la caméra à la première personne comme un jeune homme qui aime bien filmer tout ce qui se passe sans raison spécifique, à la « vidéo Facebook ». On cherche à montrer de belles images, mais la qualité du téléphone ne rend pas adéquatement le moment au début du film. Par la suite, on assiste à un retournement de qualité visuelle lorsque la copine de Daniel (le protagoniste) lui offre une caméra photo. L’hybridité entre les deux sortes de formats (puis celui de la GoPro par après) crée un malaise au spectateur qui se demande si le personnage qui garde un journal de ses émotions et le caractère léché de certaines images se fondent en un seul métrage.

Malheureusement, ce n’est pas tout ce qui préoccupe le public. L’idée laisse croire à l’improvisation, à un naturel plus affirmé. Or, le tout est si scripté qu’il est difficile d’adhérer aux moments « intimes » que partage Daniel. La question « êtes-vous heureux? » revient tout au long du film, mais ne propose jamais de voie originale pour expliquer son utilisation pour une énième fois au cinéma. Sans oublier que le jeu d’acteur de Ron Wilder et Ali Tataryn n’aide pas à convaincre le spectateur de l’évolution psychologique et philosophique des personnages.

La bonne morale

Les réflexions sur la nature, sur le bien-être et le détachement du boulot et de la maison véhiculent un discours super moralisateur sur la « vraie » façon d’être heureux. On le sous-tend surtout vers la fin en disant « ne pas vouloir convaincre qui que ce soit ». Cette façon, pourtant, apporte une résolution à la deus ex machina qui validerait le pouvoir d’être heureux à tout prix. De nos jours, il n’est pas simple d’essayer d’intégrer des morales dans un discours de film car le spectateur peut décider pour lui-même ce qu’il conçoit comme juste et vrai. On gagnerait davantage, dans ce cas-ci, à suggérer une manière alternative au bonheur. Malgré qu’encore, qu’elle soit suggérée ou non, la manière de Daniel reste clichée et surutilisée.

iFeel ne se rend pas là où l’on souhaite nous emmener, dans une prise de conscience souvent décrite comme nécessaire tout en accusant presque les sceptiques de s’abstenir. Un film mièvre dont on ne gardera pas grand souvenir.

– Victor Bégin

iFeel, de Ludwig Ciupka, avec Ron Wilder, Ali Tataryn, Andreas Apergis, 1h19

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