Crédit photo : Benoit Beaupré

Un plateau nu. Un acteur. Une toile transparente devant lui. Un geste à la fois, il entame une chorégraphie qui sera décuplée sur la toile. Il recommence. Change quelques mouvements. Sur la toile, les figures se répètent et se multiplient formant autant de personnages, de spectres et de trahisons que peut en contenir l’esprit torturé d’Hamlet. Les projections sur la toile évoquent le dessin et se font manipuler au gré de la fantaisie du protagoniste (et mentionnons-le, en direct avec du motion capture). Sommes-nous dans le réel? Converse-t-il avec des gens? Avec des fantômes? Est-il mort?

La compagnie théâtrale de Marc Beaupré et François Blouin, Terre des Hommes, se spécialise dans la revisite des classiques à travers un prisme moderne. Après Caligula et Don Juan, c’est Hamlet qui se fait revamper. À travers la démarche des artistes, les textes sont dépouillés du superflu afin de mettre de l’avant l’essence des oeuvres. Hamlet devient donc un texte sur un homme troublé, seul avec lui-même et qui tente de clarifier sa douleur en revisitant les événements de façon obsessive. Il devient donc le metteur en scène de ses fantômes, cherchant à trouver la vérité à travers l’épais brouillard de confusion qui règne autour des faits. Hamlet, revenu d’exil, trouve son père assassiné et sa mère remariée au meurtrier, son oncle. Peut-être. Hamlet, amoureux de sa mère, devient fou et assassine son père pour pouvoir la séduire sans entrave. Peut-être. Hamlet, schizophrène, veut venger un crime imaginaire et répand le sang et les larmes partout sur son passage. Peut-être.

Hamlet_Director’s Cut / Marc Beaupré + François Blouin from La Chapelle on Vimeo.

Comme le texte «original» dure de 3 à 5 heures, le défi lorsqu’on décide de le monter est de choisir quoi couper et quoi montrer. Ici, Marc Beaupré nous offre une interprétation émouvante d’une heure, sorte d’Hamlet condensé où le protagoniste s’enfonce de plus en plus creux dans l’analyse de la tragédie de sa vie. Grâce au talent de François Blouin pour l’habillage visuel et la conception sonore de Nicolas Letarte-Bersianik, le plateau prend de l’expansion devenant tantôt château, tantôt navire, tantôt rivière. Mais cette capacité de métamorphose de l’espace veut-elle dire que toute cette histoire n’est qu’une vue de l’esprit d’Hamlet? Les questions reprennent et la folie gagne du terrain.

La proposition artistique de Terre des Hommes nous offre un solo technologique mettant l’emphase sur la bataille interne que livre le personnage avec la raison, revitalisant le classique et dépoussiérant l’enjeu. Il est possible de trouver une résonance en soi devant cet Hamlet torturé à force de tergiversations et qui cherche à retrouver le fil de la vérité à travers l’art.

Rose Normandin

Hamlet_Director’s Cut de William Shakespeare, une production de Terre des hommes, présentée au Théâtre La Chapelle, du 3 avril au 15 avril 2017. Pour toutes les informations, c’est ici.

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