Enseignante de français dans les Cantons-de-l’Est, Lynda Dion publie son premier roman, La Dévorante, en 2011. Elle aborde l’intimité et des sujets tabous dans une écriture sans pudeur. Après avoir publié La Maîtresse et Monstera deliciosa, elle revient cette année avec le livre Grosse, qui traite de l’obsession morbide d’une femme obèse pour la beauté sociale d’un corps.

Grosse se rapproche du poème, tant par sa forme que par sa composition. Lynda Dion y offre de courts paragraphes qui s’enchaînent avec pour défi la quasi-absence de ponctuation. Seulement une majuscule et un point par page. Pas de virgule, de point virgule, de point d’interrogation. Rien. Tout comme son premier roman. Un effort littéraire à souligner donc. Cependant, un tel choix rédactionnel peut aussi alourdir la lecture, la rendant parfois incompréhensible, voire même ennuyante. Il est difficile de lire sans rythme et on décroche souvent du texte par le besoin de mettre soi-même une cadence de lecture et de donner un sens aux phrases.

Dès les premiers mots, le public reçoit tout le mal-être et le désespoir de l’auteure : « J’avais un couteau de boucherie appuyé sur le ventre quand j’ai compris qu’il fallait que je fasse quelque chose. »

Tout au long des 206 pages de son ouvrage, Lynda Dion joue avec le lexique et le vocabulaire imagé, notamment de la boucherie. Ses titres de chapitres sont d’ailleurs très évocateurs : « engraissement », « abattage », « boucherie » ou encore « carcasse ».

L’auteure manie à merveille les métaphores filées et les images à la fois poétique et trash dans un vocabulaire riche et très détaillé.

Le couteau de boucherie encore une fois

enlever du gras autour des organes c’est mieux avant de faire cuire la viande

j’ai fini de jouer il est temps de désosser l’animal »

Elle arrive par là à faire passer l’émotion au lecteur, à le dégoûter par son choix de mots et à lui faire comprendre toute la haine viscérale que l’auteure vit dans son quotidien.

Le dépouillement comme catharsis

Grosse est un journal intime, une dénonciation de la société, mais avant tout, une catharsis pour l’auteur qui s’en sert de thérapie pour s’en sortir vivante. « les pages de ce livre sont un lieu d’exil chirurgical. »

À travers huit de ses dessins, Lynda Dion raconte sa propre histoire dans les yeux de son personnage imaginaire, la « géante ». Elle dévoile son insatiable appétit de sexe, d’alcool et de bouffe. Toujours dans l’excès et toujours proche du vide. Elle évoque son trouble sévère de l’anxiété, sa cirrhose, ses pensées suicidaires, son obésité et ses problèmes d’alcoolisme, de façon détaillée et profondément crue.

devenir boucher extirper mes organes noyés dans la graisse […] »

Lynda Dion évoque les difficultés rencontrées tout au long de son enfance, mais aussi de son adolescence, en nommant notamment son envie de plaire aux hommes et l’importance du regard des autres sur soi. Elle ne prend pas de gants et dévoile sa propre vérité, son ressenti et son intimité, sans jamais réussir à se guérir totalement.

Les propos violents s’enchaînent, se déversent sur les pages et font grimacer.

« il faudrait peut-être qu’on m’arrache les yeux pour que je puisse enfin me trouver belle »

« mourir je me dis parfois pour ne plus avoir jamais rien à perdre » (p.67)

Lynda Dion fonce sans filtre et offre une œuvre brutale, intime et sans détour où l’happy end n’est pas le but recherché, ni même la proclamation de la beauté des rondes. Simplement une purgation littéraire poétique et féroce qui fait du bien à l’auteur, mais sûrement pas à tous les types de lecteurs.

Léa Villalba 

Grosse, Lynda Dion, Hamac, 2018.

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