C’est un premier recueil de poésie pour l’auteure Amélie Hébert. Le lancement a eu lieu le jeudi 8 mars dernier au Port-de-Tête, conjointement avec celui de Carole Forget aux éditions Triptyque. Retour.

Les lieux parcourus

Tous les poèmes du recueil sont précédés d’un titre, à chaque fois celui d’un lieu visité par la narratrice. Divisé en quatre parties (saint-, longueuil, schengen, les éboulements), Les grandes surfaces aborde la banlieue, le territoire, le voyage. Les deux premières parties s’étalent sur la description de la banlieue, des paysages, des gens. On demeure à la surface des choses par moments, dans l’observation de l’environnement de la poétesse : « un panier d’épicerie / maquillé par la rouille / devant le centre d’achat ».

La narratrice subit les actions poétiques jusqu’à la moitié du livre, où on sent un affranchissement dans le voyage en Europe, un retour plus affirmé par la suite malgré ces « éboulements ». Constatation de l’ordre de l’immuable et de l’incertain, dont beaucoup de questions subsistent après une première lecture. La deuxième lecture permet de s’attarder davantage sur les images et la façon de voir les lieux, les villes, les moments qui s’y produisent. La ville de Pantin voit éclore une plume qui met en scène toute la beauté du jeu des mots : « une ville s’appelle pantin / je glisse mes mains / dans ses marionnettes encore chaudes / je le fais / pour ton corps / demeuré en coulisses ». Sans savoir qui est ce corps, on se laisse porter par la personnification d’une ville qui enferme ses visiteurs.

Ce qui est grand

Avec ces grandes surfaces, on demeure toutefois dans l’ensemble, dans ce qui est grand et général (les lieux transitoires abondent, les références directes pullulent). Par moments, le lecteur s’évade de la presque austérité des villes et des rues : « la neige drape mes cuisses transies / à l’entrée du fleuve / mon corps devenu brise-glace ». Bien qu’on n’échappe pas à la liste incessante d’emplacements, on touche aussi à l’intimité de la narratrice, à une petite voix qui perce doucement son propre texte pour voir le jour à la fin du périple du recueil.

Également grand serait l’humilité. C’est sans violence ni porte-voix qu’Amélie Hébert nous récite ses pensées sur l’espace. Dans la vague de revendications politiques par la poétique d’une certaine branche de la clique littéraire de Montréal (revendications désirées et nécessaires, soit dit en passant), on assiste à un petit moment de répit avec ces courts poèmes d’une débutante tout à fait à suivre. Le Lézard Amoureux, visuellement assez sobre ces temps-ci, borde bien de blanc et de simplicité l’écriture de sa nouvelle auteure.

– Victor Bégin

Les grandes surfaces, Amélie Hébert, Le Lézard Amoureux, 2018.

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