Clément de Gaulejac est un artiste visuel qui commet à l’occasion des livres. Son dernier, intitulé Grande école, évoque sa période d’apprentissage au moyen de vignettes au phrasé précis et économique. Chacun des récits s’articule autour d’une anecdote dont le dépouillement circonstanciel met à nu l’arbitraire des conventions qui s’y jouent. La mécanique des interactions entre étudiants et professeurs d’une école d’art et leur cocasse absurdité occupent alors toute l’avant-scène.

L’astuce de l’ouvrage réside dans le soin apporté aux chutes qui, immanquablement, exposent avec humour les contradictions des situations nouées autour d’actions soi-disant raisonnables. Ainsi, de Gaulejac, satiriste pour un temps, démasque avec doigté des tensions qui naissent des faux-semblants d’un milieu dont ils font la fortune.

En fait, si on force un peu l’analyse, on peut voir dans cette tension l’objet potentiel de l’apprentissage du protagoniste, c’est-à-dire qu’au bout du compte, l’artiste doit comprendre sa place : l’art n’est pas un moyen de s’absoudre des vicissitudes humaines, bien au contraire. Même si la transcendance n’a pas lieu dans Grande école, la subtilité de l’ironie de l’auteur dénote l’indulgence amusée de celui qui a compris que les contractions font partie intégrante de son activité. En privilégiant la légèreté au détriment de la causticité, de Gaujelac laisse à son lecteur la liberté de sa lecture en livrant des observations sans qu’elles ne soient appesanties par une vision.

L’imprécision, le « flou artistique », devient un creuset qui accueille la pensée d’autrui, et qui finit par colorer l’œuvre par cette appropriation individuelle. Le lecteur ou le spectateur est alors mené à se redéfinir par celle-ci. En invitant à un tel geste, Grande école excède son mandat : il ne fait pas que relater les hauts et les bas de la formation de son auteur, il montre qu’elle a porté fruits à travers la maîtrise dont témoigne l’artiste dans la composition de son l’œuvre. Grande école fait partie de ces écrits rares où chacun peut trouver son compte, où chacun se trouve grandi après avoir refermé le livre.

À mettre entre toutes les mains.

– Hugo Lachapelle-Beauchemin

Grande école de Clément de Gaulejac, Le Quartanier, octobre 2012