Dix années séparent Amouraska (Boréal, 2008) du nouveau recueil de poèmes et proses de Pierre Morency, Grand fanal. C’est à la librairie Gallimard, sur St-Laurent, que le lancement a eu lieu vendredi dernier. Certains visages très connus étaient dans la place, d’autres plus anonymes, mais tous venaient se procurer l’ouvrage qui a brisé un hiatus d’une décennie.

Grand fanal c’est la réflexion d’un homme qui a vu les époques se succéder, qui a connu le départ d’êtres chers et l’émerveillement constant d’un monde toujours à (re)découvrir. C’est aussi une touche de douceur souhaitable.

Une alternance poème et prose au recueil permet une flexibilité fort alléchante ; on condense les quelques vers et le sentiment qui les accompagne pour les transposer sur un paragraphe plus construit qui prolonge l’image, l’idée, dans une multitude de moments-clés. Ces courts récits poursuivent le questionnement poétique et y répondent même parfois.

Pensons au recueil précédent.

Il y a dix ans, certaines questions sur la poésie restaient en suspens.

Poésie dans un être se délite parfois / Sans qu’on sache où va le feu qui la fait naître. / Est-elle du sang venue ou d’un afflux de douleurs ? / Alors même que son visage est clarté de la nuit.  (Amouraska, p. 15)

En lisant Grand fanal, on réalise que la poésie génère des questions mais aussi des réponses, et qu’un recueil peut bien répondre à l’autre par moment.

[…] nul poème n’apparaît sur la blancheur de la page. On comprend alors que c’est une autre fenêtre qu’il faut ouvrir, que c’est ailleurs qu’il faut poser ses yeux, si tant est qu’il faille des yeux pour voir ce qu’il convient de regarder pour écrire. (Grand fanal, p. 39)

Ce recueil suscite un intérêt envers tout aspirant poète et poétesse, car il propose des pistes d’écriture au travers de la poésie. En outre, la sagesse de Pierre Morency se fait ressentir ; son expérience de la vie et de la nature, des autres et des mots, tout cela est palpable au creux de sa signature. « Les mots sont lièvres chevauchant la tortue. » Un recueil haut et chaleureux, donc, qui s’entoure également d’une douce humilité.

Victor Bégin

Grand fanal, Pierre Morency, Éditions Boréal, 2018.

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