De gauche à droite: Jean Belzil-Gascon, Isabelle Miquelon, Isabelle Montpetit, Jean-Guy Bouchard,  Kathleen Aubert, Alexis Gareau.

Crédit photo: Maxime St-Jacques Couture

Tout a commencé avec une autoroute. Ou plutôt, avec le changement de son nom : la 401 devenue l’Autoroute des Héros en l’honneur des militaires partis défendre notre pays au péril de leur vie dans les contrées lointaines de l’Afghanistan. Compte tenu de l’accueil assez tiède de cette mission par la population, Milena Buziak a trouvé bien particulière cette soudaine ferveur pour l’héroïsme militaire. À partir de ce moment, poser les vraies questions aux principaux concernés et non pas se faire une opinion à partir d’une information filtrée ou d’un discours consciencieusement mastiqué, est devenu son idée fixe.

20 heures d’enregistrement provenant des entretiens qu’elle a menés avec des soldats et leurs femmes confiant leur expérience de l’Afghanistan constituent la matrice de la pièce. On note un réel souci de fidélité entre le jeu et le témoignage : le texte n’est pas léché, il est senti. Le discours se veut le plus naturel possible, marqué par le silence d’une réflexion, la répétition d’un ou plusieurs éléments, les fautes de français ou encore des balbutiements. C’est que ce discours vise à démystifier, à mettre en situation. Parce que la théorie et la pratique, particulièrement quand la pratique implique un danger de mort, ce sont deux mondes bien différents.

Dans Grains de Sable, tout est opposition. D’abord, il y a la guerre; le discours officiel et le discours senti; de celui qui part, celui qui reste et puis, il y a le déchirement de toutes ces contradictions. Malgré tout, ils ne l’énoncent pas dans une plainte. Ils constatent, parfois plus froidement que d’autres : «Je suis allée porter mon mari à l’aéroport et après j’ai été faire mon épicerie». Les témoignages se répondent entre eux tout en faisant une suite concrète une fois isolés. Ça crée un effet intéressant, surtout que, quand on y pense, c’est plutôt le contraire.

Comment on vit la séparation à anticiper, imminente, en cours? Comment ça se passe sur une base? Pendant une opération? Vue des coulisses ou du terrain? Les blessés, les pertes, mais aussi les congés et le retour?

Ce qui est le plus magnifique dans cette pièce, c’est qu’autant la fluidité du récit invite le spectateur à se laisser guider, autant ce dernier peut se rendre compte de sa complexité en en discutant à la sortie. À voir.

– Vickie Lemelin-Goulet

Grains de sable, pièce de théâtre documentaire présentée par la compagnie Voyageurs Immobiles à l’Espace Libre du 7 au 16 mars 2013.