Pour celles et ceux qui, comme moi, avaient raté à regret Goodbye de la danseuse et chorégraphe Mélanie Demers au FTA l’année dernière, bonne nouvelle : le spectacle est présenté à nouveau, cette fois-ci à l’Usine C.

J’avais de grandes attentes envers cette création mêlant théâtre et danse, et franchement, je n’ai pas été déçue. Vive les préjugés favorables qui se confirment! À la fois ludique et intelligente dans le propos, riche de sens, pleine d’audace et de créativité, Goodbye en vaut la peine. L’expression « en valoir la peine » trouve bien son sens ici puisque l’expérience est intéressante tout en étant difficile par moments. Après tout, Demers aborde des sujets sensibles comme la perte, les « petites morts quotidiennes », la séparation et le deuil. Pas jojo, donc! La forte charge émotive contenue dans ces thèmes est toutefois contrebalancée par un humour ironique (par exemple, la chanson Oh! Darling des Beatles accompagne des scènes dramatiques) et un métadiscours sur l’œuvre. En effet, les interprètes se questionnent tout au long du spectacle sur leur jeu, la valeur de l’art et l’opinion du public.

 

« Du vrai faux »

Dès le début, le rapport public/création est problématisé. Les interprètes accueillent les spectatrices et spectateurs avec un mélange d’enthousiasme et d’appréhension : « Bienvenue à tous ceux qui se trouvent 6 pieds sous terre, (…) à ceux qui sont assis,(…) à ceux qui feront le trottoir plus tard ce soir, (…) at those who came to destroy us. »

Après un premier tableau, ils signalent que le spectacle n’est en fait pas encore commencé. Un danseur (Jacques Poulin-Denis) lance alors avec véhémence : « Ceci n’est pas un show. C’est une illusion. Du vrai faux. C’est de l’entertainment en 3 D. » Il reprend cette affirmation à plusieurs reprises, dont lors d’une scène plutôt cocasse où une femme (Mélanie Demers), étendue sur lui, tète son sein.

La chorégraphe intègre également une réflexion sur les thèmes abordés par Goodbye. « Dans la vie, il y a 3 pôles importants : l’amour, la mort et la mort de l’amour. Le reste, ce sont des détails, une façon de passer le temps », répètent les personnages, avant de demander aux personnes dans la salle leur avis sur la question. Demers, tout comme plusieurs artistes actuels, met donc à mal la relation traditionnelle entre la création et le public.

 

Je t’aime moi non plus

Décrite comme un « petit guide de l’adieu », cette œuvre ne verse heureusement pas dans la psychologie à cinq sous. Plutôt que de donner des conseils simplistes du genre « voici les étapes à suivre », Goodbye présente le deuil (d’une partie de soi, d’une personne ou d’une relation) dans toute sa complexité. On y trouve plus de questions que de réponses, et c’est tant mieux.

Les quatre interprètes expriment dans plusieurs tableaux la difficulté de la séparation. Leurs corps s’attirent, s’enlacent, amoureux, puis s’entrechoquent et s’éloignent, pour se reprendre et se laisser tomber à nouveau. Par moments, ils dansent en solitaire, tout démantibulés et titubants. On dirait une valse-hésitation entre le départ et le retour, la fusion et la rupture, la douleur et la résilience. Une des scènes évoque d’ailleurs de façon très imagée cette problématique… Deux couples « font l’amour » tout habillés et en position doggy style. Pendant que son partenaire la baise férocement, Mélanie Demers questionne le public sur la pertinence de sa démarche : « Est-ce que le show fait du sens pour vous ? Sentez-vous que ça résonne en vous ? » Pour ma part, oui!

– Edith Paré-Roy

Goodbye, du 20 au 22 mars à l’Usine C