Crédit photo : Clothilde Allen

« Géolocaliser l’amour »… le titre est accrocheur et le sujet prometteur. Comment effectivement ne pas s’intéresser à cette recherche éternelle de l’être aimé à travers des applications de rencontre? Simon Boulerice signe un texte largement inspiré de ses expériences de dating sur Tinder et Grindr. Un « récit poétique sur le désarroi [d’un] jeune homme qui se perd et s’écartèle aux quatre coins de la ville, y laissant chaque fois un peu de sa dignité ». Présentée dans le cadre de Zone Homa, l’auteur signe également la mise en scène, confiant la lecture aux comédiens Lucien Bergeron, Tommy Lavallée et Jocelyn Lebeau.

Du coq à l’âne, un melting pot somme toute cocasse

Bien que le récit soit décousu (on peine à suivre l’esprit volage et déjanté de Boulerice), le thème demeure d’actualité et suscite plusieurs rires. L’auteur aborde à la fois son enfance et cette quête insatiable de plaisir jouissif entremêlée de déceptions et d’humiliations. Il ponctue sa pièce de projections qui ne servent pas toujours le propos, entre autres, les mimiques de vedettes américaines froissées lors de la remise des Oscars. Mais on rit tout de même de ces insertions loufoques, où Simon Boulerice lui-même, démontre une humilité exemplaire, parodiant sa propre apparition télévisée au talk-show Tout le monde en parle. En effet, il se qualifie de pute lors de son passage à l’émission, alors qu’il avait accepté de faire la split à la demande de Dany Turcotte.

Toutefois, 1h40 d’expériences cocasses, voire réellement weird par moment semble excessif. La pièce se termine en queue de poisson, dans mon cas, sans réellement avoir réussi à m’habiter lors de ma sortie. D’ailleurs, peut-être aurait-il fallu appartenir au cercle des intimes de Simon Boulerice pour saisir certains insides. Le texte est somme toute touchant, ne serait-ce que le moment où il renoue avec une ancienne rencontre qui l’avait balayé du revers de la main en trente secondes, avec un commentaire franchement insultant et cassant sur son apparence physique. Il se pointe alors une seconde fois chez cette conquête qui le complimente soudain sur son talent d’auteur à la suite de la lecture de « Javotte ». L’expérience que vit Simon est non seulement déshumanisante, elle est aigre et râpeuse. Le spectateur rit avec un certain malaise une relation sexuelle aux pourtours abusifs et humiliants.

L’ingratitude des applications de rencontre est clairement énoncée dans ce texte, avec humour bien sûr, mais aussi avec un certain désabusement. Bref, si le texte s’éclate dans tous les sens catapultant une série d’expériences marquées d’un profond écœurement  à l’égard de ces sites boboches de rencontre, où miraculés sont ceux qui y trouvent l’amour, les spectateurs s’y reconnaîtront à coup sûr. En somme, l’ouverture du festival Zone Homa débute merveilleusement bien. Hâte d’y faire d’autres belles trouvailles.

Edith Malo

« Géolocaliser l’amour » était présentée à la Maison de la culture Maisonneuve le 19 juillet 2016 dans le cadre du festival Zone Homa.

Pour la programmation complète, c’est ici.