Bleu Crédit photo : Jean-François-Boisvenue

Avec le printemps viendra le rendez-vous incontournable des amateurs de théâtre, de danse et de performance, soit le Festival TransAmériques. Cette 12e édition promet d’être, encore une fois, riche en beautés et en réflexions, se posant comme un phare de lumière dans la noirceur de notre époque. Les habitués savent qu’on retrouve ici un échantillon de ce qui se fait de plus avant-gardiste sur la scène internationale, chaque spectacle proposant une nouvelle façon de déstabiliser son public. En voici quelques-uns des plus intrigants…

Kings of War, Toneelgroep Amsterdam, Ivo Van Hove

En 2010, Ivo Van Hove frappait fort avec son cycle de trois tragédies romaines shakespeariennes (Coriolan, Jules César et Antoine et Cléopâtre) campées dans une salle de nouvelles.  Il revient cette année en nous présentant en quelque sorte la suite logique de son idée. Toujours avec des textes de Shakespeare, c’est un cycle sur la soif de pouvoir qu’il présente, soit Henri V, Henri VI et Richard III. Homme de théâtre aguerri, ayant également flirté avec le cinéma, Van Hove a laissé sa marque sur les scènes qu’il investit avec des auteurs comme Miller, Tchekhov, Molière et Camus, mais également des auteurs comme Cassavetes, Bergman, Antonioni ou Pasolini.  Plus récemment, il a fait grand bruit en mettant en scène le dernier projet de David Bowie, la pièce de théâtre musicale Lazarus.  Kings of War, avec quatorze comédiens et cinq musiciens, aura sans doute un regard frais et provocateur sur la gouvernance dont nous faisons les frais.

Tijuana, Lagartijas tiradas al sol, Gabino Rodríguez

La compagnie Lagartijas tiradas al sol caresse le projet de faire une énorme fresque de théâtre documentaire dépeignant le Mexique moderne à l’aide de 32 épisodes dédiés à chaque état. Dans celui-ci (le quatrième du projet), le comédien Gabino Rodriguez s’est transformé en ouvrier d’une usine de Tijuana devant survivre avec moins de cinq dollars par jour, soit le salaire minimum établi par le gouvernement. Pendant six mois, il a vécu sous une autre identité afin de mieux comprendre la réalité à laquelle doivent faire face bon nombre de ses concitoyens. Voici donc ses observations.

La nuit des taupes\La parade des taupes, Santerre-Amandier centre dramatique national, Philippe Quesne

En plus d’être metteur en scène, Philippe Quesne est également scénographe. On ne s’étonnera donc pas que son rapport au théâtre passe d’abord par le visuel.  Il propose au FTA un spectacle écologique, philosophique et ludique sans parole, où des taupes géantes nous entraînent aux confins de la terre et nous dévoilent comment elles vivent leur vie et résistent à la nôtre.

Ainsi, le spectateur se fait offrir une allégorie intéressante où il ne puisera peut-être pas la même signification que son voisin. En parallèle, les mêmes taupes offriront une performance sous forme de déambulatoire dans les rues de Montréal. Une marche étrange en compagnie des rongeurs à l’échelle humaine qui débutera au Cabaret Mado pour finir aux Jardins Gamelin.

Pourama, Pourama, Gurshad Shaheman

Acteur d’origine iranienne, mais établi en France depuis l’adolescence, Gurshad Shaheman propose une incursion dans son intimité avec sa trilogie Touch me, Taste me, Trade me. Chaque partie se posant sur un pan de son histoire, de l’enfance au début de l’âge adulte, c’est à travers le prisme de la relation à son corps que l’auteur\acteur dévoile son propos. À mi-chemin entre le théâtre et la performance, allant même jusqu’à servir à boire et à manger, ce spectacle de 4h30 invite le public à jouer un rôle actif dans l’exploration de l’intimité.

Solo 70, Fortier Danse-Création, Paul-André Fortier, Étienne Lepage

Après 40 ans de carrière, Paul-André Fortier présente sa dernière création, Solo 70, spectacle qui fait office de chant du signe de la compagnie Fortier Danse-Création. Un solo qui n’en est pas vraiment un, exécuté sur la musique de Jackie Gallant, la scénographie de Marc Séguin et les mots d’Étienne Lepage. Une réflexion sur le temps, les influences et la création.

Betroffenheit, Kidd Pivot, Electric Company theater, Jonathon Young, Crystal Pite

Le pari était de créer un véritable hybride avec le théâtre et la danse afin de pouvoir illustrer le mieux possible l’état dans lequel baigne celui qui est atteint du syndrome post-traumatique. Inspiré par un fait vécu, Jonathon Young a voulu partager l’incommunicable en recréant sur scène le cauchemar intérieur de celui qui se bat avec ses démons. Pour ce faire, il a demandé à Crystal Pite de traduire avec ses chorégraphies ce que les mots n’arrivaient plus à exorciser. Avec une facture visuelle macabre empruntée aux cabarets berlinois, le spectacle promet de faire vivre une épopée perturbante à son public.

Rose Normandin

Le 12e édition du FTA se déroulera du 23 mai au 7 juin 2018. Pour toutes les informations, c’est ici.

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