Crédit photo : Misako Shimizu

Le titre de la pièce japonaise le dit : on assiste avec Time’s Journey Through A Room au passage du temps. Le temps qui se répète et se dédouble permettant aux passé, présent et futur de cohabiter et de raisonner les uns à travers les autres.

Toshiki Okada a écrit et mis en scène une oeuvre qui dissèque le temps et l’impact qu’il a sur les personnages. Nous sommes en 2012. Un homme attend dans son appartement qu’une femme se présente au rendez-vous qu’il lui a fixé. Une promesse d’amour. Le temps s’égrène avec parcimonie. En l’attendant, il sera visité par le fantôme de son ancienne flamme. Les comédiens (Izumi Aoyagi, Mari Ando, Yo Yoshida) se meuvent avec une infinie lenteur et s’expriment avec un calme absolu.

Le corps de la pièce est donc élaboré autour de la conversation de trois personnages marqués par les séismes de 2011 et qui tentent douloureusement de se rattacher au présent en acceptant les deuils et les cassures du passé. Malheureusement, la traduction ne semble pas être très précise (par endroit, la version anglaise et la version française n’exprimaient pas la même idée) et le manque de connaissances des codes culturels m’a fait douter de ma capacité à saisir les subtilités de ce qui était raconté. Nonobstant ces désagréments, c’est la proposition scénique qui émeut.

D’abord, on demande au spectateur de fermer les yeux pour commencer le « voyage dans le temps ». Lorsqu’on les ouvre de nouveau, le tableau est installé ; un homme nous fait dos, assis sur une chaise. Sur le sol, sont disposés des objets qui s’animeront tour à tour, sorte de valse hypnotique (la scénographie et la conception sonore sont toutes deux signées par Tsuyoshi Hisakado et se fondent l’une dans l’autre). Et puis, la défunte amoureuse raconte les souvenirs qu’elle conserve de ses derniers jours. Une lumière clignote. « Tu te souviens? » Un ventilateur démarre. « Tu te souviens? » Puis c’est le paysage sonore qui prend vie. « Tu te souviens? » Une goutte tombe doucement. Un bruit blanc prend plus ou moins d’espace, selon l’état des personnages. Tout est orchestré avec finesse : l’amour du détail mène chaque décision de mise en scène. Un regard dirige l’attention du spectateur sur un frétillement de pied, une crispation du poignet, le jeu de la lumière dans un verre d’eau. Le temps ralentit pour le spectateur aussi.

Il est certain que ce procédé, s’il en fascinera plusieurs, pourrait être considéré aliénant par d’autres. Mais il faut saluer ce chef d’oeuvre de retenue et de sensibilité. On assiste, avec Time’s Journey Through A Room, à la dissection de l’intériorité. Un moment de théâtre intime et singulier, où les vivants et les disparus apprennent à cohabiter.

Rose Normandin

Time’s Journey Through A Room est présenté du 29 mai au 31 mai dans le cadre du Festival TransAmériques. Le FTA, ça se passe du 25 mai au 8 juin. Pour toutes les informations, c’est ici.

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