Crédit photo : Caroline Laberge

– Mais papa, ai-je demandé, est-ce que je serai changée en statue de sel à mon tour, est-ce que Dieu me mettra aussi à l’épreuve?
– Je ne le sais pas, ma fille, mais tu dois rester gentille et demander pardon, toujours, pardon à ceux que tu auras offensés, pardon pour avoir menti, volé, tué, pardon pour avoir en toi une tache indélébile, la morsure du serpent.»

D’abord présenté à l’Espace Go en 2013, La fureur de ce que je pense, collage élaboré à partir des textes de Nelly Arcan, revient nous déranger dans le cadre du FTA. Presque tout a déjà été dit sur ce spectacle crève-cœur, mais pour ceux qui étaient dans le coma, en congé de maternité, en voyage, en prison ou dans leur bulle pendant la présentation originale du spectacle, voici quelques mots de plus….

En premier lieu, c’est la scénographie d’Antonin Sorel et la conception d’éclairage de Mikko Hynninen qui troublent. Dix carrés, un étalage de vitrines, derrière lesquelles se trémoussent des femmes (Sophie Cadieux, Julie Le Breton, Johanne Haberlin, Christine Beaulieu, Evelyne de la Chenelière, Larissa Corriveau et Anne Thériault). Sous l’éclairage érotique, elles se vautrent dans ce qu’elles ont de plus terrible à offrir. Prisonnières du bel emballage qui nous les présente, les jolies et tragiques poupées soliloquent jusqu’à la destruction.

Ensuite, il y a la musique d’Alexander MacSween qui guide les actrices, les enveloppe, alors qu’elles scandent des passages en chœur, qu’elles chantent des mélodies atonales ou qu’elles se racontent en solo. La musique donne à la création un fil conducteur presque ininterrompu, une fondation sur laquelle les actrices viennent s’appuyer afin de faire l’exposition de leur intériorité. Divisées en archétypes, chacune exhibe son intimité, transcende son corps, se donne jusqu’à la moelle afin de triompher de la vulgarité du regard des autres et réussir à faire résonner l’essence de l’être.

Grâce au doigté de Marie Brassard, le spectateur oscille entre voyeur, témoin impuissant ou oppresseur. Ça peut devenir lourd, mais c’est à la fois beau et émouvant. L’oeuvre est un puissant hommage aux écrits de Nelly Arcan et à son insupportable lucidité. Le spectacle, violent et nécessaire, est également une réflexion sur la haine envers les femmes. Une haine banale, dont on oublie l’existence, tellement sa présence nous semble normale. Une haine qui a vaincu Nelly Arcan. Une haine invisible qui habite dans nos miroirs et qui continue d’empoisonner l’imaginaire de nos petites filles. Pour ces raisons, le travail de Marie Brassard et de Sophie Cadieux, l’instigatrice du projet, est extrêmement important. En espérant qu’on en sorte un jour…

Rose Normandin

La fureur de ce que je pense est présenté du 3 au 6 juin 2017 dans le cadre du Festival TransAmériques. Le FTA, ça se passe du 25 mai au 8 juin 2017. Pour toutes les informations, c’est ici.

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