Photo : Jean-François LeBlanc

Les oreilles nous cillent encore de bonheur après une soirée aux Francouvertes pas tout à fait comme les autres lundi dernier. J’ai eu un peu honte de moi-même, au final, de si peu connaître la scène garage montréalaise et également de toujours sauter « Helter Skelter » en écoutant l’album blanc.

Fouillant donc Wikipédia pour améliorer ma culture rock désastreuse, je suis tombé par hasard sur la « méthode » Pere Ubu, pionnier du post-punk, qui m’a semblé fascinante :

  • Ne jamais faire d’audition
  • N’attendre personne
  • Ne pas rechercher le succès
  • Choisir la première personne entendue
  • Utiliser la première idée venue
  • Mettre ensemble des personnes uniques. Des gens uniques joueront une musique unique même s’ils ne savent pas comment jouer
  • Retarder autant que possible les Facteurs centrifuges de destruction puis appuyer sur le bouton!

C’est du lourd.

VioleTT Pi

Cette troisième soirée des préliminaires s’ouvrait donc avec nul autre que l’éclectique VioleTT Pi, l’ex de la soirée, devant un Lion d’Or déjà conquis. Seul avec sa guitare et son sens de l’humour, il nous a livré une performance complexe au rendu impeccable qui enchaîne sans faille changements de registre, contrastes saisissants et chuchotements déchirants. Belle surprise : l’apparition d’une pédale de délai au milieu du numéro a frappé l’imaginaire et permet d’installer des textures plus planantes avant sa dernière et nouvelle chanson. Ses paroles, aussi sombres qu’à l’habitude, parlent de suicide sans détour d’un ton intense et poignant, et le one-man-show s’est surpris à transmettre une bonne partie des couleurs et des mondes musicaux de son Manifeste contre la peur, sorti en avril dernier.

VioleTT Pi / Photo : Jean-François LeBlanc

Bermudes

Bermudes, jeune formation post-punk (après combien de temps une jeune formation cesse-t-elle d’être jeune?) née des cendres de Stéréosaure, Protofiev et Odd Limbs, a enchaîné avec une prestation bien assumée. Ce son unique forme un mélange de britrock, de power pop et de synthés new wave comme on n’en trouve qu’à Montréal sans jamais trop s’éloigner d’une esthétique garage. Le Korg de Pasqualina Pisano ajoute une dimension raw midi puissante, et Étienne Galarneau, à la batterie/voix, est si fluide qu’il charme même l’animatrice de la soirée. Rythmique imperturbable, lignes de basses ingénieuses (Pierre-Olivier Blais) et un chanteur/guitariste aussi hot que Pierre Lapointe (Louis-Jean Trudeau)… on aurait aimé l’entendre mieux d’ailleurs : le tone de guit’ aurait pu être plus rock, et la voix plus « méchante ». Il faut dire que la sono de lundi soir aurait gagné à « crinquer » un peu les voix en général. La huitième position de Bermudes au palmarès est une triste surprise que je ne saurais m’expliquer.

Bermudes / Photo : Jean-François LeBlanc

Vulvets

Vulvets = Fab Four féminin. Que dire : le quatuor garage a décoiffé le Lion d’Or au complet et la foule n’a pas ménagé son enthousiasme. On obtient d’ailleurs la confirmation qu’il faut prononcer Vulvets comme vulve et non velve ou volve – il est important de parler de ces choses-là. Le son est audacieux, toujours imprévisible, volant de surf-rock doucereux à hard rock complètement désinvolte. Délicieusement bipolaire, la musique est à l’image du contraste violent entre le look preppy des musiciennes et leur présence scénique redoutable. On est enchanté par une batterie/voix époustouflante (Marie-Ève Bouchard), une basse inébranlable (Isabelle Ouimet) et un duo solide de chanteuses/guitaristes assuré par Dorothé Parent-Roy et Marie-Claire Cronier. Il faut mentionner quelques pertes d’assurance ici et là et des voix pas toujours à leur maximum – le tout s’assouplira sans doute à force de pouvoir « se décontextualiser du triangle Esco-Quai-des-brumes-Rockette », comme l’a formulé Isabelle. Bravo aux Vulvets qui terminent cette première étape en tête du palmarès.

Vulvets / Photo : Jean-François LeBlanc

Valery Vaughn

La barre était haute pour le duo Valery Vaughn, qui a rempli la scène avec une batterie (Victor Tremblay), une basse (Vincent Huard), des pédales, et rien d’autre. Le pari est réussi (insérer bouchons ici). De leur propre aveu, les gars de Valery Vaughn sont un duo « stoner-punk » « straight outta Rosemont » qui a quitté le jazz de Saint-Lau’ « pour se diriger vers le chalet ». À des années-lumière des auteurs-compositeurs-interprètes qu’on rencontre habituellement aux Francouvertes, le son est lourd et distorsionné, et on aime ça. Certaines lignes évoquent les Black Keys, d’autres Gros Méné. Une séquence électronique est déclenchée par le batteur vers la fin de la performance – on en aurait pris plus : ça sonnait bien. Reste à voir si le groupe parviendra à garder longtemps sa deuxième place au palmarès.

Valery Vaughn / Photo : Jean-François LeBlanc

– Nathan Giroux

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Palmarès :

  1. Vulvets
  2. Valery Vaughn
  3. Shawn Jobin
  4. Antoine Lachance
  5. Mélanie Venditti
  6. Juste Robert
  7. Projet Coyote
  8. Bermudes
  9. Maxime Auguste

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