Photo : Victor Diaz Lamich

Dire que l’authentique Safia Nolin est une étoile montante de la chanson québécoise est un sérieux euphémisme, elle qui gagne en notoriété à chaque scandale qui la concerne. Le spectacle annoncé samedi au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts promettait beaucoup, avec une liste alléchante d’invités spéciaux, et le public a vivement répondu à l’appel.

Il y a à peine deux ans, il aurait été inimaginable que Safia Nolin puisse remplir une aussi grande salle en étant la tête d’affiche, et pourtant, la voilà devant non loin de 1400 fidèles qui ont déboursés entre 30$ et 40$ pour l’écouter, elle et ses chansons suant le mal de vivre. À la Place des Arts, on a fait les choses en grand : Safia était accompagnée de différents musiciens, dont son inconditionnel complice Joseph Marchand, ainsi qu’un bassiste, un lamiste (un joueur de scie, sans farce), et l’ensemble Flûte alors!. Parmi les autres invités, les gros noms étaient mis bien en évidence dans le titre du spectacle : Boom Desjardins, Les sœurs Boulay et Pomme. Niveau ambiance, on avait un arrière-plan souvent très sobre, présentant un ciel étoilé, et des jeux de lumières comme on est en droit de s’attendre à la Place des Arts.

Le public, visiblement, semblait conquis d’avance : il applaudissait comme s’il n’y avait pas de lendemain à la fin de chaque chanson, mais aussi au début de presque chaque pièce parce qu’il la reconnaissait, et même au milieu parce que « la toune est don’ bonne »! Sans parler de chaque fois que Safia Nolin disait quelque chose de drôle ou à tout le moins impertinent, ce qui arrivait en moyenne de deux à trois fois à chaque intervention de l’auteure-compositrice-interprète qui, même si elle a des années de scène derrière elle, commence toujours sa première interaction avec le public par un « allô » timide.

Malgré le set up prestigieux associé à l’endroit, il faut mettre une chose au clair : Safia Nolin a joué du Safia Nolin pendant 1h40, sans en faire particulièrement plus que lorsqu’elle jouait dans un petit bar avec 15 personnes qui n’écoutaient pas vraiment. Musicalement, ça sonnait presque exactement comme la première fois où je l’ai entendue alors qu’elle n’était encore que très peu connue. La seule vraie différence, c’est le buzz l’entourant, qui fait en sorte que tout ce qui sort désormais de sa bouche est de l’or.

Photo : Victor Diaz Lamich

Le spectacle

Ceci étant dit, c’était un bien beau spectacle qu’elle a offert samedi, en toute intimité malgré le côté intimidant de la chose. La chanteuse a brièvement commencé en solo, sobrement habillée de noir, avant d’être rejointe par ses acolytes. Les chansons de l’album Limoilou ont occupé une bonne partie de la soirée, ce qui ne surprend pas. Une portion a ensuite été consacrée aux reprises, enchaînant quelques chansons de Reprises vol. 1.

Puis, en commençant Calvaire, Boom Desjardins est apparu sur scène. La foule a réagi comme si c’était la plus grande surprise de l’univers, même si la mise en scène criait de prévisibilité. Desjardins, sans son groupe rock derrière lui, semblait bien timide en reprenant sa célèbre chanson en duo, et en version folk beaucoup trop douce pour l’intensité du propos. Il est simplement reparti après la chanson. Il s’est, finalement, passé la même chose avec les sœurs Boulay et pour Pomme, qui est d’ailleurs la cousine de la tête d’affiche. C’est du moins ce que cette dernière a répété à quelques reprises durant la soirée.

En fait, la soirée n’a connu que quatre véritables surprises :

  • L’arrivée de Flûte alors!, un ensemble de flûtes à bec de formation classique, sur scène. Ce n’est pas tous les jours qu’on entend jouer ces jeunes talents autre chose que du Vivaldi (chose qu’ils font très bien, en passant).
  • Les images subliminales à l’arrière de la scène. Elles n’apparaissent pas souvent, et passaient très vite, et ont gagné en intensité à la fin du spectacle, sans jamais être expliquées. En tout cas, elles n’ont pas laissé indifférent.
  • Une nouvelle compo que Safia Nolin a jouée en solo. Bien qu’elle ne change pas de registre (« Ça parle toujours de pas être bien », rassurait-elle à ses fans, confirmant que le jour où elle fera une chanson heureuse, « les poules auront des dents et il va tomber du caca du ciel »), on sent qu’elle peaufine tranquillement sa musique, ce qui ne fait pas de tort, elle qui pourrait éventuellement cesser d’être cantonnée à un folk minimaliste.
  • La « Chanson des remerciements », où Safia improvisait une mélodie pour remercier ses collaborateurs. Au début, c’était un peu gênant comme la chanteuse semblait abuser des inside jokes avec ses musiciens, mais on a fini par y prendre goût.

Puis la soirée a fini sans rappel. Pas que les gens n’en voulaient pas, mais l’artiste a pris tellement de temps à expliquer qu’elle n’en ferait pas que dès qu’elle a quitté la scène, les gens ont cessé d’applaudir et sont partis. Dommage, elle aurait mérité des applaudissements plus nourris pour qu’au moins, elle revienne sur scène recevoir l’amour de son public.

Première partie : Blondino

Peu après 20h, la Parisienne Blondino est montée sur scène. Plus pop avec des tendances électroniques, la chanteuse a livré les chansons de son premier album, devant une salle tiède. Il faut dire que Les FrancoFolies ont cette tendance d’inviter des artistes qui ne collent pas particulièrement ensemble, probablement pour inciter le public à découvrir autre chose… Dans ce cas-ci, on a eu droit au public qui ne voyait aucun problème à entrer et sortir au milieu des chansons pour aller se chercher une autre bière. Il faut dire que les textes de Blondino ne sont pas ceux qui s’exportent le plus naturellement au Québec. Surtout, étant à son premier passage en sol québécois, elle est encore une parfaite inconnue pour les oreilles qui étaient venues entendre du folk déprimant, pas de la synthpop à la française.

Le public

Le public était non seulement terrible lors de la première partie, il l’était presque autant pour Safia Nolin. Au parterre, notamment, les gens circulaient toujours beaucoup, et plusieurs sont arrivés avec beaucoup de retard au spectacle. C’est sans parler des gens qui ont payé jusqu’à 40$ pour passer l’essentiel du spectacle sur Facebook, et ceux qui criaient n’importe quoi parce qu’ils savaient que Safia Nolin allait réagir. On n’était pourtant pas à un spectacle gratuit où on peut s’attendre à ce genre de public qui s’en fout un peu, mais on parle d’une soirée à la Place des Arts, dans une de ses plus belles salles. Safia attire de plus en plus le grand public et c’est très bien, mais on réalise finalement que « grand », dans ce cas-ci, prend presque un ton péjoratif…

– Olivier Dénommée

Safia Nolin jouait au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, le samedi 17 juin, dans le cadre des FrancoFolies de Montréal. Les Francofolies de Montréal, ça se passe du 8 au 18 juin. Pour toutes les informations, c’est ici.

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