En première partie, on nous présentait le jeune Tim Dup.  Beau garçon à la voix sucrée, il nous offre de la pop mélancolique (terme qu’il préfère), accompagné uniquement de son clavier et de bandes préenregistrées. Empruntant à l’univers de Patrick Watson, Peter Peter et M, on cherche ce qui fait l’unicité du jeune homme. Si les textes sont bien écrits, on peut croire que l’originalité viendra avec les années. Il faut par contre saluer son aisance avec le public et son charisme. Certains refrains plus épiques nous laissent présager que derrière le miel qu’il a dans la voix, ses cordes vocales sont capables de nous en mettre plein les ouïes. Malheureusement, il préfère rester du côté gentil (voire inoffensif) de la chanson pour nous parler de ses sirènes européennes qui l’ont marqué à vie.  Malgré mes réserves, il faut dire que sa performance était parfaite. Pour ceux qui seront aux Francos ce soir vers 19h, il vaudrait la peine de faire un détour par la scène Coors Light  pour aller y jeter une oreille et vous faire votre propre idée.  Pour ma part, je serais curieuse de le réentendre dans quelques années : le passage du temps aura sans doute bonifié le matériel de l’artiste.

Le plat principal

Ceux qui connaissent Philippe Katerine savent que derrière ses chansons délirantes se cachent des thèmes profonds :  l’amour, la mort, la dépression, le rejet, le vivre ensemble. On rit du tragique de l’existence pour mieux y survivre. Sur scène, les chansons prennent l’aspect de sketchs saupoudrés d’encore plus de blagues (si c’est possible).

Photo : Benoit Rousseau / Les FrancoFolies de Montréal

Après le funky Magnum, l’album Le Film nous ramenait à l’époque du 8e ciel avec ses arrangements simples et intimes, reproduit à merveille sur la scène du Théâtre Maisonneuve où Katerine était seul avec sa pianiste Dana Ciocarlie. Mais il ne s’en est pas du tout tenu à cet opus. L’artiste détenant un catalogue de plus d’une dizaine d’albums, il nous a offert un bel échantillon des différentes époques (j’ai noté des chansons remontant à l’album Les créatures (1999), mais peut-être que j’en ai échappées de plus vieilles).

D’abord, il faut saluer son sens du style. Le chanteur a fait son entrée par la salle, affublé d’une couronne illuminée et d’une cape à plume et nous a servi «La Reine d’Angleterre» (tiré de Philippe Katerine, album qui ravit les tout petits depuis 2010). Pour accueillir sa pianiste sur scène, ils ont entonné ensemble «Êtres humains», puis elle lui a «sensuellement» retiré ses accessoires pour nous le découvrir portant des vêtements à la mode… du 16e siècle dans les tons de vert et turquoise. Costume idéal pour en mettre plein la vue pendant ses numéros de pantomime (je suis certaine qu’il l’a choisi pour le confort). La fête était lancée.

Le public enthousiaste s’est vu offrir un feu roulant de chansons, de blagues, de déconnage dans la plus grande tradition de Philippe Katerine. On a eu droit à un cours d’introduction aux instruments de musique, à un épisode de paranoïa, à une séance de piano joué par génitalité, à une marionnette d’hérisson trépassé (probablement celui de la chanson «Papa»),et  certains spectateurs (homme et femmes) ont même eu droit à des bisous. Le rire était constant, la joie au rendez-vous.

Il faut saluer le travail incroyable de Dana Ciocarlie qui assurait de manière virile et dansante la transition des chansons pour ces nouvelles versions (on pense à «Louxor j’adore» qui n’a nullement pâti du changement d’orchestration). La complicité entre les deux était agréable à regarder, même si son niveau de jeu d’actrice n’égale pas celui de Katerine.

Photo : Benoit Rousseau / Les FrancoFolies de Montréal

Même si on a bien rigolé, on a quand même eu droit à quelques moments de beauté. «Où je vais la nuit», «Papa», «Montparnasse» (d’Apollinaire, sur une musique de Francis Poulenc, qui nous fait apparaître une parenté entre les deux auteurs) et «Moment parfait» nous montrent un Philippe Katerine attendrissant.

Généreux, drôle et spontané, Katerine est encore plus savoureux sur scène que sur enregistrements. Un excellent remède contre la grisaille du quotidien.

– Rose Normandin

Philippe Katerine était au Théâtre Maisonneuve, le vendredi 9 juin 2017, dans le cadre des FrancoFolies. Pour la programmation complète, c’est ici.

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