Le premier se penche sur les restrictions religieuses en Iran et les souffrances qu’elles infligent à la population, en particulier pour les femmes. Le deuxième explore les stigmates que laisse la domination patriarcale sur le développement d’une jeune fille. Les deux films réfléchissent à la possibilité de survivre à l’assujettissement et peut-être de s’en affranchir. Retour sur deux oeuvres présentées au Festival du nouveau cinéma.

Téhéran Tabou d’Ali Soozandeh

Une prostituée se fait entretenir par un ayatollah, une femme mariée veut se trouver un emploi malgré la désapprobation de son mari, un jeune musicien tente de composer un album malgré l’opposition de l’état, telles sont quelques-unes des histoires du film choral d’Ali Soozandeh, qui scrute et dénonce les injustices perpétrées par le régime iranien.

Comme il était impossible de tourner en Iran, le réalisateur a choisi la rotoscopie pour donner à Téhéran Tabou sa saveur culturelle tout en étant libre de décrire crûment l’hypocrisie du régime religieux au pouvoir. Ainsi, le réalisateur décrit l’intimité des iraniens dans leur rapport dichotomique avec l’état. Le quotidien des personnages est très sombre, mais l’auteur réussit quand même à trouver un peu de légèreté en relevant l’absurdité de certaines situations pour nous faire sourire (notamment les péripéties de deux protagonistes qui essaient de trouver un moyen de redonner un hymen vierge à une future mariée).

Si le film ne peut pas éviter le mélodrame, il réussit à maintenir le suspense quant au destin des personnages. Quelques symboles (parfois un peu faciles) réussissent à donner une dimension poétique au réalisme un peu trash de l’oeuvre. Le spectateur ne peut être que bouleversé par la vision de Soozandeh, qui, visiblement, ne voit pas beaucoup de lumière dans l’avenir de l’Iran.

Thelma de Joachim Trier

Un père emmène sa gamine chasser avec lui. Du peu de mots échangés, on le sait autoritaire, voire contrôlant. Soudain, la biche surgit. Le père pointe son canon. La petite, le regard fixé sur l’animal, ne remarque pas que la carabine se braque maintenant sur elle. Après plusieurs secondes, le père se ravise. La bête repart. L’enfant ne se doute de rien.

Thelma de Joachim Trier s’inscrit à la fois comme un film sur la quête de l’identité, le passage à l’âge adulte et la découverte du désir et de l’amour, le tout sur fond de thriller surnaturel. Poétiquement chargé, fort de son propos féministe, Thelma est une sorte de Carrie scandinave qui prouve que les tabous sont toujours sources de maux fondateurs, même à notre époque dite moderne et progressiste (un des personnages se dit d’ailleurs surpris que les gens puissent croire en dieux encore à ce jour).

Thelma est issue d’une famille chrétienne. Nouvellement admise à l’université, elle quitte donc sa campagne norvégienne pour découvrir la vie étudiante de la ville. Elle rencontrera l’amour chez une collègue de classe, expérimentera un peu avec les paradis artificiels, mais surtout se découvrira prise d’un curieux mal apparenté à l’épilepsie s’accompagnant de pouvoirs surnaturels.

Il ne faut pas en révéler davantage sur le synopsis du film, car malheureusement le scénario ne s’illustre pas grâce aux surprises qu’il réserve au spectateur. C’est le portrait du personnage principal qui fait toute la beauté du film. Le travail du directeur photo, Jakob Ihre, est remarquable. Les plans aériens, les gros plans de la sublime et touchante Eili Harboe, les gros plans des corps des jeunes filles (cuisses, mains, cheveux), les paysages évocateurs de la Norvège, réussissent à extérioriser le cheminement intérieur de Thelma.

Thelma est un film contemplatif qui fait la dissection du déchirement entre la volonté d’embrasser son identité et l’habitude de se conformer aux désirs de sa famille. Une oeuvre intime qui hypnotise le spectateur même si elle ne renouvelle pas les codes du genre.

Rose Normandin

Le Festival du Nouveau Cinéma a lieu jusqu’au 15 octobre 2017. Pour toutes les informations, c’est ici.

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