À mi-parcours de ce Festival du nouveau cinéma désormais plus que jamais synonyme de laboratoire visuel et cinématographique, le déchaînement des passions crève l’écran. La quête de spiritualité, qu’elle soit littérale ou implicite, ne cesse de lui tourner autour, et ce de façon incisive à travers six films de ce début de semaine formellement jouissif.

Honeygiver Among The Dogs

Le premier de cette sélection, Honeygiver Among The Dogs, est tiré de la Compétition internationale. Même s’il ne tient pas sur la longueur, ce petit objet du cinéma bhoutanais et de la réalisatrice Dechen Roder évolue entre hallucinations amoureuses et recherche d’une figure religieuse qui tout ce temps se trouvait être le centre des désirs du policier d’investigation Kinley. L’ambiance brumeuse et apaisante du décor himalayen joue un grand rôle dans l’implantation d’un récit fixe plus tard mué en remise en question des croyances.

Les fantômes d’Ismaël

S’il s’agit de laisser le spectateur rempli de questions, le français Arnaud Desplechin est quant à lui devenu maître en la matière. La tendance cinématographique actuelle voulant qu’on tourne autour du pot n’a vraisemblablement pas atteint son dernier film présenté en ouverture de Cannes cette année, Les fantômes d’Ismaël. Même si la version longue se perd face à une première moitié hypnotisante, jamais un film n’aura aussi bien porté le nom de sa catégorie: Les Incontournables. Sans filtre mais l’option dialogues exquis garantie en plus, le dernier opus du réalisateur français ne cesse pas une seconde de nous malmener, jouissant d’un trio d’acteurs avec qui tout est possible et à travers qui la rupture de ton n’a jamais sonné aussi juste.

Mathieu Amalric, Marion Cotillard et Charlotte Gainsbourg nous rendent aussi fous qu’involontairement charmés par cette expérimentation où l’amour, le vrai est mis à mal par le retour de la femme d’un scénariste déclarée morte. Hanté par les angoisses du passé et du protagoniste de son film inspiré de son frère, ’Ismaël passe son temps à tenter de gérer les spectres de l’absence et de la création tandis que Desplechin travaille les genres à cœur ouvert.

Porcupine Lake

Issu de la catégorie Focus Québec/Canada, Ingrid Veninger part à l’assaut de l’éveil des sens à l’adolescence avec Porcupine Lake. La rencontre en Bea et Kate au Nord de l’Ontario ouvre un monde des possibles pour cette première, naïve et renfermée face à une Kate décomplexée.  La réalisatrice slovaque délivre un projet indépendant et minimaliste sans artifice ni volonté d’embellir ou de sexualiser à souhait celui qu’on appelle l’âge ingrat. Le récit, qui peine tout de même à trouver son rythme, reste finalement aussi plat que sa protagoniste.

Innu Nikamu: chanter la résistance et Indian Horse

Deux autres oeuvres de la catégorie Focus Québec/Canada méritent amplement d’être soulignées. Kevin Bacon-Hervieux et Stephen Campanelli ont compris quasi simultanément comment tourner à l’avantage d’une cause la capacité du cinéma à donner à chacun la possibilité de pouvoir s’identifier à n’importe qui. Avec leurs films respectifs Innu Nikamu: chanter la résistance et Indian Horse, les deux réalisateurs déterrent avec réalisme et sincérité un pan de l’histoire canadienne trop longtemps tu, celui de milliers d’enfants autochtones dispersés et déplacés dans des familles non-autochtones.

Impossible d’être plus actuel que ce premier documentaire et cette fiction qui mettent à bas l’hypocrisie autour du système des pensionnats au Canada et dont la sortie arrive au moment même où le gouvernement fédéral annonce un remboursement de 800 millions de dollars pour les victimes autochtones de la rafle de 1960. La spiritualité, c’est l’épanouissement personnel. Celui-ci passe par la reconstruction à travers la musique pour ces habitants de la communauté de Maliotenam, organisateurs du festival d’Innu Nikamu qui témoignent devant la caméra de Kevin Bacon-Hervieux. Quant au jeune Saul, dont le parcours est retracé dans cette poignante adaptation du roman de Richard Wagamese Indian Horse, c’est l’amour du hockey qui le sauvera du système d’assimilation des pensionnats. Délivré de l’hypocrisie d’une religion qui accepte qu’une fillette se tue à force de se frapper la tête contre les barreaux de sa cage au moment même où d’autres participent à une chorale vêtus de blanc, le jeune homme accède à une croyance plus saine, porteuse de valeurs et d’entre-aide, celle du sport.

Temps 0

Elles aussi le pratiquent comme un sport. Elles sont belles, elles sont sensuelles, et elles partent chaque soir à la recherche de nouvelles proies masculines à faire jouir et à abattre. Celle qui vient de publier Libres! Manifeste pour s’affranchir des diktas sexuels revient avec un film pornographique féministe où les femmes sont Les prédatrices, contrôlant de bout en bout une sexualité qui leur a longtemps été dictée. Temps 0 nous lâche sur les traces de ces mangeuses d’hommes elles-mêmes prisonnières d’une dose qu’un homme avec qui un pacte est scellé leur procure. Plus fourni qu’un film X standard au niveau de son scénario, le film d’Ovidie présente le sexe comme un rituel mais aussi comme un acte qui nécessite du temps, appuyé par de longs et lents plans sur les corps. À mi-chemin entre la série B et le conte de vampires – l’une des scènes du film est d’ailleurs directement issue du Sang pour Dracula – le film de la féministe pro-sexe déçoit par une fin où la cohabitation du plaisir semble effacée du tableau.

Poursuivez ici votre exploration de la programmation du Festival du nouveau cinéma pendant qu’il en est encore temps!

Ambre Sachet

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