Qui ne s’est pas amusé pendant son enfance à coller ses « walkies-talkies » pour entendre le grincement ? C’est le type de son qui composait la méditation audiovisuelle de Fjarðarheiði présentée le 10 octobre par la Canadienne Anna Friz et le Polonais, Danois et Islandais Konrad Korabiewski qui ont mixé dans le cadre de la 44e édition du Festival du nouveau cinéma (FNC) à la Chaufferie du Cœur des sciences de l’UQAM.

Sous la cheminée cylindrique en briques, à l’intérieur de la petite bâtisse, un divan et quelques tables étaient disponibles pour les visiteurs. Sur les murs, deux écrans étaient installés de façon perpendiculaire. On avait monté la table de mixage au centre de cet espace carré. On se préparait à une ambiance intimiste d’autant plus que peu de festivaliers se sont présentés à cet intrigant laboratoire du FNC au sujet des contrées lointaines de l’Islande.

Certaines photographies de paysages islandais montrent cette petite maison, ce point minuscule et coloré, perdue dans une étendue vaste devant un flanc de montagne découpé au scalpel.  Parfois, la demeure flotte dans le blanc de la neige. L’habitacle du refuge et la cime des montagnes ont fait place à l’oscillation d’une continuité du son et de l’image lors de cette méditation collective.

Le duo nous a sortis des sentiers battus par le tourisme. Leur prestation s’inspirait de leur séjour d’une année sur la côte montagneuse de l’Islande, une contrée lointaine et désertique au sud du cercle arctique. Ces paysages introspectifs alternant le « white-out » et le « black-out » sont des environnements acoustiques et visuels transformés par l’épais brouillard et les tempêtes de neige.

Les images tournées en noir et blanc par Anna Friz ne sont pas nettes. Elles sont floues et saccadées de sorte qu’on n’y voit pas l’humidité, mais le grain de la photographie. Sur ce sol lunaire, la trace de l’humain n’est présente que par des pylônes en forme de « T » et une centrale électrique. L’improvisation sonore électronique nous renvoie à ces images au point de dissoudre notre présence, de compresser notre volume en chair et en os entre l’activité volcanique et le champ magnétique de l’île polaire.

Même si le duo ouvre et ferme son laboratoire avec des sons de vents enregistrés dans cette région nordique, tous les sons qu’ils utilisent pendant le mixage proviennent du lieu dans lequel ils se trouvent, soit la Chaufferie du Cœur des sciences. Le duo transforme les vibrations à peine perceptibles par l’oreille humaine en sons et les fait converger en ambiance sonore. Un peu comme une mise en abyme, on associe la vibration de la table devant nous à l’Islande.

Anna Friz m’a expliqué que les spirales métalliques connectées à leur boîte respective servent à capter les vibrations de la surface sur laquelle elle les pose. Sur la table, il y a des objets électroniques faits maison, du ruban analogue, des systèmes de rétroaction, une enregistreuse et des « walkies-talkies ».

L’instrument qu’elle préfère est une plaquette de bois à embranchements conçue à Baltimore avec laquelle elle peut modifier le son par la pression des doigts. « Cet appareil me permet de ne jamais produire le même son d’une prestation à l’autre », m’explique-t-elle.

Bref, le duo nous permet d’expérimenter l’éloignement géographique de proximité.

René-Maxime Parent

Le duo dirige Skálar | Sound Art | Experimental Music.