Lorsque la narratrice de La fin d’où nous partons tombe enceinte, elle est loin de penser que Londres sera submergée sous l’eau avant même son accouchement. C’est dans ce présage de fin du monde, où tout le monde fuit et tente de survivre qu’elle mettra au monde Z., un petit bébé curieux et tranquille qui ne sait rien de ce monde en crise qui l’accueille. Megan Hunter, jeune anglaise d’une trentaine d’années, a la chance d’avoir retenue l’attention de Gallimard avec son premier roman remarquable tant par sa structure que par le regard particulier qu’elle porte sur la maternité.

À peine quelques mois après l’accouchement et la crue des eaux, R., le mari de la narratrice, décide de quitter le camp où ils s’étaient réfugiés avec d’autres survivants parce qu’il ne s’y sentait pas en sécurité. L’abandon sera cruel pour la narratrice qui ne fera qu’espérer son retour. « Il est dans une autre dimension, c’est tout ce que je suis capable de penser. Un monde pixellisé, peut-être. Ou une galaxie de bleu-noir, flottant lentement vers l’espace. » La mère posera un regard différent sur la maternité, et sur sa vie jusqu’à maintenant. On la sent submergée elle aussi, tout comme Londres, dans une tempête d’émotions contradictoires, extatique devant son enfant et terrorisée par la perspective d’un monde en destruction.

Le tour de force de Hunter est sans aucun doute la structure incroyable qu’elle donne à son roman. Chaque petit paragraphe ne fait que deux phrases, et ils défilent rapidement, ce qui donne un sentiment d’urgence et de nécessité au texte, à l’allure d’un carnet de bord des sentiments et émotions qu’elle ressent. On n’en sait très peu de la catastrophe finalement, sur ce qui s’est passé pour que la nature se déchaîne de la sorte. On comprend que Megan Hunter s’est concentrée sur les mouvements intérieurs de ces personnages mais aussi sur les observations concrètes de la mère.

J’essaie de sentir la solidité de la date sous moi, essaie de faire en sorte que le jour et le mois et l’année aient un sens. Ce n’est jamais silencieux, ici. Z. réapprend à pleurer fort. Il n’est pas le seul. »

Le texte est aussi entrecoupé d’extraits de textes mythologiques et religieux, apportant ainsi mysticisme et profondeur à cette histoire touchante de mise au monde.

Megan Hunter offre un court roman hypnotisant qui se lit presque comme de la poésie. Une véritable prouesse pour un premier roman qui entrera à coup sûr dans mon top personnel de l’année 2018.

– Elizabeth Lord

La fin d’où nous partons, Megan Hunter, Gallimard, 2018.

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