Ancien guérillero, Juan Belmonte a pris sa retraite il y a quelques années, après avoir rencontré Veronica, une femme qui ne s’est pas tout à fait remise de multiples tortures subies sous le régime de Pinochet. Alors qu’ils vivent une existence presque paisible en Patagonie, les services secrets russes retrouvent Belmonte et le forcent à utiliser ses vieux talents pour un projet dont il ne soupçonne pas tout de suite l’ampleur et qui va l’entraîner très loin de chez lui. De l’autre côté de l’océan, des cosaques tentent de libérer Miguel Krassnoff, général déchu de l’armée de Pinochet, emprisonné pour torture et répressions sous le régime. Les deux récits finiront par s’entremêler en traversant le XXe siècle au complet. L’intrigue historique de La fin de l’histoire de Luis Sepúlveda vient de commencer.

Cela faisait 20 ans que je n’avais plus remis les pieds dans cette ville aux étés infernaux, et je ne comptais pas m’y attarder. Je venais pour un rendez-vous que je n’avais ni cherché ni désiré, et, si je le faisais, c’est parce que personne ne peut échapper à son ombre. Quelles que soient les routes que l’on prend, l’ombre de ce que nous avons fait et de ce que nous avons été nous poursuit avec la ténacité d’une malédiction. [page 16]

L’auteur Luis Sepulveda / Photo : Daniel Mordzinski

Tableau noir de l’Histoire, mélangeant la fiction et la réalité en faisant voyager le lecteur depuis le Chili jusqu’à la Russie en passant par l’Allemagne nazie, La fin de l’histoire est un polar fascinant qui fait résonner les souffrances de l’auteur et celles de la nation chilienne tout entière. Avec force de détails et dans une langue intelligente, l’auteur met en scène toute la violence, la tyrannie et la folie humaine qu’on a pu observer au siècle dernier. L’intelligence du regard porté sur le monde et les commentaires ciblés sur de multiples enjeux d’actualités, habilement glissés au cœur du texte, font de ce livre une lecture pour le moins intéressante. On y rencontre des personnages ancrés dans un réalisme effrayant, tout en conservant un regard critique sur l’évolution générale de la société.

Salamendi n’avait pas l’habitude de penser au passé, et sa nostalgie chilienne n’était qu’une façon de conjurer l’oubli de la tempête qui, en 1991, avait tout détruit, l’histoire, les luttes présentes, l’avenir scientifique de l’humanité, car de tout cela il ne restait plus qu’une armée de vieillards tristes croulant sous les médailles, de taciturnes héros du travail, de héros stupéfaits de l’Union soviétique, d’héroïnes pétrifiées du communisme, de la danse, des sciences et des sports, qui avaient vu la patrie soviétique éclater en mille morceaux et le capitalisme triompher sans tirer une seule balle. [page 63]

Seul bémol, la lecture de La fin de l’histoire peut sembler plutôt aride par moments (surtout si vous avez séché quelques cours d’histoire). Entre les multiples références historiques, la densité de l’écriture et les multiples changements de lieux et de temporalité, il faut parfois s’accrocher pour suivre ce récit qui ne respire pas beaucoup! Mais c’est peut-être aussi ça, revisiter le XXe siècle : se rendre compte qu’on manque d’air, que tout s’est bousculé et qu’il faut s’accrocher pour comprendre comment et pourquoi les événements se sont enchaînés, et les souffrances qui en ont découlé.

– Annick Lavogiez

La fin de l’histoire (titre original : El Fin de la Historia), Luis Sepúlveda, traduit par David Fauquemberg, Éditions Métailié, 2017.

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