Crédit photo : Jazmin Quaynor

On va au cinéma pour diverses raisons. Jeune, on y va parfois pour frencher à l’abri des regards ou se pogner les cuisses subtilement. Souvent, on y va pour se divertir ou pour voir le film à la mode dont tout le monde parle. D’autres fois, on y va pour se reposer dans l’ambiance feutrée d’une salle insonorisée dans laquelle nous est projeté un autre univers.

Même si, de plus en plus, on regarde nos films enroulés dans une doudou sur le divan, il y a un aspect social dans le cinéma. Sur place, les rangées de bancs occupés nous le rappellent indéniablement, mais qu’on soit à la maison ou en salle, on se retrouve chaque fois plongé dans une microsociété où se démènent des personnages. Le cinéma peut ainsi servir de terreau à celui qui veut faire l’analyse de notre société ou des relations entre individus. Dans Films de combat : La résistance du cinéma des frères Dardenne, Olivier Ducharme exploite les œuvres des frères cinéastes pour mettre en lumière des phénomènes sociaux; et vice versa.

Le cinéma de l’altérité

Les Dardenne n’aiment pas qu’on qualifie leur cinéma de social, parce qu’il se trouve ainsi réduit à une étiquette. Leurs films présentent des personnages frayant avec les marges de la société. En montrant cette frontière et la façon dont ces personnages parviennent à marcher dessus comme sur un fil de fer, les Dardenne mettent en scène des drames qui vont au-delà de la sphère collective.

Selon Ducharme, outre son aspect social indéniable, le cinéma des Dardenne « s’exprime plutôt dans l’individualité morale » (p. 158). Dans La fille inconnue, par exemple, la vie de Jenny change du jour au lendemain lorsqu’est retrouvé le corps d’une jeune fille inconnue à qui elle a refusé d’ouvrir la porte de son cabinet après les heures d’ouverture. Elle décline alors une offre de poste payant pour demeurer dans le quartier et continuer de soigner les plus démunis, ceux qui sont sans argent, sans papiers, ou qui fraient avec l’illégalité.

Rongée par son sentiment de culpabilité à la suite de ce décès, elle fait des pieds et des mains pour découvrir l’identité de la jeune fille. Sa quête, personnelle, met en lumière sa propre moralité dans le miroir que lui renvoie la société. Voilà ce qui intéresse Ducharme dans son analyse.

La lecture de Ducharme

Films de combat propose une lecture de la relation entre individu et société, basée sur le cinéma des frères Dardenne. L’emploi du septième art comme terreau d’analyse permet de se rapprocher de diverses réalités sociales sans que celles-ci soient entachées d’un discours médiatique ou historique : elles appartiennent à un univers qui, s’il se veut réaliste, n’en demeure pas moins fictif.

Le cinéma critique des Dardenne, en réussissant à impressionner émotionnellement les esprits, détient un avantage certain sur une pensée critique. La force des images déclasse ici celle des mots. À quoi sert ainsi le travail d’analyse critique? Il sert à décrypter l’épaisseur de la réalité offerte par le cinéma des frères Dardenne. Il faut réussir à décoder le portrait du monde contemporain, atteindre le “dos des images”, et ne pas s’en tenir aux affects ressentis devant l’injustice. Le cinéma des Dardenne n’explique pas l’injustice, il la montre dans toute sa cruauté et sa brutalité. » (p. 15)

Ducharme aborde ainsi diverses thématiques, telles que le rapport entre le capitalisme et l’individu ou encore le darwinisme social. Les exemples qu’il puise à même le cinéma des Dardenne illustrent à merveille son propos. Son essai offre en ce sens beaucoup plus une lecture sociale que cinématographique.

Avec Films de combat : La résistance du cinéma des frères Dardenne, Olivier Ducharme utilise le cinéma pour se rendre ailleurs. L’analyse filmique sert de point de départ à une lecture sociale dont un des objectifs est d’inciter le lecteur à penser hors du cadre connu de la société. Les personnages des Dardenne habitant ses marges, les exemples qu’ils procurent offrent diverses occasions de réfléchir aux limites et aux conséquences des modèles sociaux actuels.

Un essai qui penche plus du côté de la philosophie que des études cinématographiques.

Christine Turgeon

Films de combat : La résistance du cinéma des frères Dardenne, Olivier Ducharme, Varia, 2017, 171 p.

BABILLARD : Un événement à annoncer? Une formation dans le milieu culturel à faire découvrir? Envie de jammer avec des artistes de feu? Une offre d’emploi? Un autre truc à partager? C’est ici que ça se passe, maintenant, pour partager avec les lecteurs des Méconnus!

À DÉCOUVRIR AUSSI :