Là d’où je viens, Darling!, comme le laisse entendre une partie de son titre, a été créé en 2015, à la Fonderie Darling. Dirigé par Violaine Forest, le spectacle regroupait les mots de quatre poètes et se voulait une incursion dans leur univers. Pour la reprise du spectacle dans le cadre du FIL, de nouveaux auteurs ont mis la main à la pâte et la soirée a été élaborée principalement autour des thèmes de la guerre, de la cruauté, de la résilience, mais aussi de l’espoir, de la bonté et de la lumière.

D’abord, il y a les mots de Svetlana Alexievitch. Récipiendaire du Nobel de 2015, l’écrivaine s’est beaucoup penchée sur la guerre et son impact humain. Son approche journalistique lui a permis d’écrire des livres autour de témoignages des gens ayant vécus les drames de la guerre de l’intérieur, offrant un généreux porte-voix à une douleur souvent laissée muette. Pour le spectacle, c’est Sophie Desmarais qui lit les extraits issus de La guerre n’a pas un visage de femme (1985), ouvrage qui s’intéressait aux femmes-soldats de l’Armée rouge et Derniers témoins (1985), recueil de récits d’enfants ayant vécus la Deuxième Guerre mondiale. Son interprétation, toute en retenue, laisse toute la place aux mots de l’auteur. Ainsi, la comédienne ne se place pas entre les textes et les spectateurs, et traduit la charge émotive de l’oeuvre sans la caricaturer.

Ensuite, il y a les mots de Madeleine Gagnon qui, pour l’écriture de Les femmes et la guerre (2000), avait eu recours à une démarche journalistique semblable à Alexievitch. C’est Violaine Forest qui fait la passation de sa poésie puisée à même plusieurs oeuvres, tantôt dures, tantôt crève-cœur, mais toujours sensibles. À cela, on ajoute les textes de Claudio Pozzani, de Tania Langlais et de Forest elle-même. On passe d’un texte à l’autre, sans que le lien entre eux soit clair. Parfois, le thème s’en trouve un peu dilué puisque les univers sont assez différents, même si ces changements d’auteurs permettent de créer des bouffées d’air lors d’extraits violents.

On ajoute à cela une conception d’éclairage minimaliste, mais efficace, un danseur (Jean-François Duke) aux mouvements troublés et des projections tirées de films d’Andreï Tarkovski et Béla Tarr. L’atmosphère est étrange et feutrée, mettant la table pour une soirée où se côtoieront horreur et beauté. Malheureusement, les projections ainsi que l’habillage sonore finissent par prendre un peu trop de place, volant la vedette aux textes lus. Parfois, le spectateur échappe des phrases, trop concentré qu’il est sur l’extrait cinématographique (qui, au final, n’ajoute pas tant de profondeur aux oeuvres). Même chose pour le danseur qui est sous-utilisé. On attend son déploiement qui ne vient jamais vraiment. Je sais que c’est une image intéressante qui fait écho aux propos du spectacle, mais il aurait été souhaitable que les créateurs utilisent ce médium pour porter plus loin la parole, plutôt que de la garder au ras du sol.

Nonobstant ces bémols, il faut dire que Là d’où je viens, Darling! réussit à nous émouvoir par sa beauté même s’il nous entretient de viols, de meurtres, d’indifférence et de cruauté. En nous exposant ce que l’humanité possède de plus laid, le spectacle souligne ce qu’elle a de plus beau. On nous raconte ainsi comment la compassion a sauvé des enfants, comme la solidarité des femmes est venue à bout de traumatismes, comment les choses simples de la vie peuvent être porteuses de guérison.

C’est un spectacle qui permet de croire que l’homme a en lui ce qu’il faut pour mettre fin au cycle de la haine, même si les événements actuels laissent plutôt présager que le pire est à venir.

Rose Normandin

Là d’où je viens, Darling! était présenté dans le cadre du Festival International de Littérature. Le FIL se déroule du 22 septembre au 1er octobre 2017. Pour toutes les informations, c’est ici.

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