Buddy Guy / Photo: Mauricio Santana

C’était LE rendez-vous blues de l’année qui s’offrait hier à Montréal, avec au menu un impressionnant programme triple : Buddy Guy, Charlie Musselwhite et Steve Hill en duo avec Matt Andersen dans la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, rien de moins! Avec de tels noms à l’affiche, les attentes étaient dans le plafond, mais les artistes ont bel et bien livré la marchandise devant un public conquis.

Allons y dans l’ordre.

Steve Hill et Matt Andersen

Deux grands bluesmen canadiens étaient invités à réchauffer la salle à 19h30 tapantes. Le Québécois Steve Hill est bien connu ici (et de plus en plus à l’extérieur), surtout pour sa récente carrière d’homme orchestre qui réussit à chanter tout en jouant de la guitare et de la batterie comme si de rien n’était. Même seul, il aurait aisément pu impressionner la foule de la Place des Arts, alors l’ajout du Néo-Brunswickois Matt Andersen était certainement l’occasion de rendre cette première partie deux fois plus impressionnante? Bon, pas exactement, comme cette performance de 45 minutes alternait entre le matériel des deux artistes, en format plutôt acoustique. Hill n’a pas joué à pleine capacité, lui qui est plus habitué dans un registre plus blues-rock que blues-folk, justement celui qu’on associe naturellement à Andersen. Même les rares harmonies vocales n’étaient pas à leur sommet, mais chacun des guitaristes a eu visiblement bien du plaisir à jouer les chansons de l’autre, eux qui collaboraient souvent sans jamais jouer un spectacle complet ensemble… enfin, avant ce soir-là, s’entend! Si on oublie la vibe de première partie du spectacle de ces deux musiciens pourtant habitués d’être le plat principal (Est-ce possible qu’on leur ait demandé de ne pas trop en faire pour éviter de faire ombrage aux autres artistes? Possible), on peut dire que leur mandat a été très bien rempli. Et, qui sait, peut-être que de nouvelles collaborations entre Steve Hill et Matt Andersen sont à envisager? Cela pourrait avoir du potentiel, en tout cas…

 

Charlie Musselwhite

Peu avant la performance du septuagénaire Charlie Musselwhite, Laurent Saulnier est apparu sur scène pour parler du Prix B.B. King, remis depuis 2014 à un artiste de la scène blues qui se démarque. Il a mentionné les 50 ans de la sortie de Stand Back!, le tout premier album publié par un jeune harmoniciste en début de carrière à l’époque et qui aurait servi de modèle et d’inspiration pour bien d’autres musiciens de blues par la suite. Charlie Musselwhite a reçu avec émotion le prix au nom de son ami décédé il y a deux ans avant de commencer son propre set qui durerait 70 minutes.

Accompagné de trois musiciens, cette légende du blues non-noir a vite volé la vedette, autant par son jeu impeccable faisant oublier ses 73 ans bien comptés que par son humour entre les chansons (même si je ne comprenais pas très bien son accent du Mississippi, les anglophones dans la salle ont ri à ses anecdotes à plusieurs reprises), il a proposé une certaine rétrospective de ses 50 années de carrière, alternant entre l’harmonica et le micro. Ses musiciens, plutôt jeunes, ne prenaient pas trop de place, mais ne jouaient clairement pas au maximum de leur capacité. Il aurait été plaisant d’entendre plus de complicité entre la légende et la relève, mais le spectacle était quand même très bien ficelé comme ça.

Charlie Musselwhite en recevant le prix B.B. King / Photo: Frédérique Ménard-Aubin

Buddy Guy

Après ce set de 70 minutes, on se demandait si Buddy Guy, qui fêtera très prochainement ses 81 ans, pourrait jouer aussi longtemps et aussi intensément. Cette interrogation a vite été dissipée quand il a mis les pieds sur scène, promptement accueilli par une ovation. Les quelques personnes qui avaient peur qu’il répète l’épisode de B.B. King à peine capable de jouer en 2014 (je faisais partie des inquiets) ont été rassurés et on a très vite oublié l’âge avancé du grand Buddy Guy, qui se déhanchait encore comme s’il avait 30 ans. C’était aussi rafraîchissant de l’entendre interagir avec son public entre les chansons, et de l’entendre dire à peu près tout ce qui lui passait par la tête (le mot fucking est quand même revenu très souvent hier soir). En pleine forme, il a joué des solos vertigineux à la guitare, accompagné par quatre excellents musiciens.

Le moment fort du spectacle est aisément celui où il est descendu de la scène pour jouer un long solo à quelques pas de la foule aux bord des allées. Tout le monde a sorti son téléphone cellulaire pour pouvoir prouver qu’ils étaient à moins d’un mètre du blueman même s’ils étaient assis dans la rangée M du parterre et si ce solo particulier était plutôt chaotique, on ne retiendra que la proximité inespérée qu’on avait avec l’artiste, qui est resté un humain malgré sa gloire. On se souviendra aussi d’une phrase au début de son spectacle. «Ce n’est pas tout le monde qui m’aime, mais moi je vous aime tous. Et vous savez quoi? Vous ne pouvez pas m’empêcher de vous aimer.» On doute fort que cet amour était à sens unique.

Photo : DR

Tout de même, il faut admettre que la soirée a fini par peser lourd pour bien des amateurs. Rappelons que la soirée a commencé à 19h30. Buddy Guy a joué sans intermission pendant tout près de 1h40 à lui seul, finissant tout juste avant minuit. Même son passage en fin de spectacle où il jouait tantôt avec une baguette, tantôt avec une serviette, tantôt avec sa bouche, tantôt avec son dos n’a pas empêché bien des fidèles de regarder leur montre. La soirée s’est finalement conclue avec Buddy Guy qui est sorti de scène pendant que ses musiciens jouaient la portion instrumentale de Black Magic Woman de Santana. On ne lui en voudra pas qu’il n’y ait pas eu de rappel.

Une soirée comme celle-là, ça ne se reproduira pas de sitôt, et tout le monde dans la salle le savait pertinemment. Disons que plusieurs ont eu leur dose de blues pour l’été avec ça! Rendez-vous dans un autre spectacle du FIJM!

– Olivier Dénommée

Buddy Guy, Charlie Musselwhite et Steve Hill/Matt Andersen duo jouaient à la Salle Wildrid-Pelletier de la Place des Arts, le vendredi 30 juin 2017, dans le cadre du 37e FIJM. Le festival se poursuit jusqu’au 8 juillet. Pour tout savoir de la programmation, c’est ici.

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