Crédit photos: Valérie Remise

Impossible de sortir de Far Away au Théâtre Prospero le cœur léger. C’est que la pièce de l’auteure britannique Caryl Churchill, mise en scène par Édith Patenaude, aborde de front une guerre mondiale ultime, intense, dégueulasse dans un non-lieu et un non-temps qui nous pousse, forcément, à nous questionner. Quel camp choisiront les personnages? Comment se sortiront-ils de cette violence inouïe qui les divisera?

Une jeune fille (Noémie O’Farrell) est assise dans le noir, pensive. Angoissée même. Terrifiée par ce qu’elle vient de voir, ce qu’elle vient de saisir, Joan tremble sur son lit. Lorsque sa tante (Lise Castonguay) lui demande ce qu’elle a, tout explose. Elle a vu son oncle dans la petite cabane proche de la maison. Pourquoi tous ces gens? Pourquoi tout ce sang, ces cris? Dans un dialogue qui soulève à merveille les différences possibles de perception entre un enfant et un adulte, on voit ce qui ressort d’emblée chez la plus jeune: la bonté, le désir d’aider. Vieillir mène-t-il à la haine, le chaos?

                                                                                                  Crédit photo : Valérie Remise

En devenant une jeune femme, cette sombre théorie ne pourra que se confirmer. Employée à la fabrique de chapeaux – un honneur dans cette société – avec Todd (Ludger Beaulieu), celui qui deviendra son mari, elle s’applique à la tâche en découvrant toutes sortes d’injustices et d’horreurs sur le système de la bouche de son compagnon de travail. Dans une ambiance pourtant feutrée, Joan réussira à créer LE chapeau gagnant. Pour elle, c’est le bonheur. Le problème? La nature du concours. Les porteurs de chapeaux, chaîne au pied, paradent avec tout le mal de vivre qui les habite. Le défilé de mode morbide – un brin trop long dans une pièce déjà trop courte – devient un jeu sur la mort qui divertit de façon grotesque. De ronde en ronde, les perdants sont fusillés sur fond de musique techno. Et le grand gagnant lui? Il a droit au grand prix: mourir asphyxié dans un grand sac, qui sera ensuite accroché au plafond. Ouf.

Crédit photo : Valérie Remise

Mention spéciale à Jean Hazel, qui a su créer une scénographie digne de ce nom. Le décor, constitué de panneaux faits de voiles transparents et de blocs noirs qui sont déplacés au fur et à mesure pour mieux servir l’histoire, impressionne par son ingéniosité. Le jeu des lumières ne fait qu’ajouter à l’atmosphère très sombre de Far Away.

C’est dans cette ambiance de fin du monde que la courte pièce suit son absurde cours, soulevant de très pertinentes questions qui résonnent dans notre propre réalité: pourquoi la violence devient-t-elle trop souvent la solution? Les humains ne sont-ils que de pauvres pions qui changent d’avis et d’allégeances comme le vent tourne? C’est pourtant sur notre faim que le noir se fait. Comme si la pièce faisait le tour trop vite, survolant des enjeux qui méritent beaucoup plus de temps, de profondeur.

Mélissa Pelletier 

Far Away, du 4 au 15 avril au Théâtre Prospero. Pour toutes les informations, c’est ici.

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