Cette année, le festival Fantasia donnait le prix de carrière à Larry Cohen, réalisateur underground touche à tout, surtout connu pour ses films de série B dont de nombreux sont devenus de vrais objets de culte.

Après avoir passé plus de dix ans à écrire pour la télévision, il se fait connaître au cinéma avec deux films de blaxploitation : Black Caeser (1973) et Hell up in Harlem (1973). Il devient par la suite, dans les années soixante-dix et quatre-vingt, le roi des thrillers et films d’horreur sociaux-politiques dont les plus marquants sont It’s Alive (1974), Q (1982) et la satire de surconsommation alimentaire, The Stuff (1985), sans oublier qu’il a scénarisé le film culte Maniac Cop (1988). Dans les années 2000, il se spécialise surtout dans la scénarisation des films grand public comme Phone booth (2002) et Captivity (2007).

It’s Alive

En plus de présenter un documentaire sur le réalisateur (King Cohen, 2017), Fantasia faisait à la cinémathèque québécoise une projection de It’s Alive, God told me to (1976) et Q : The Winged Serpent. It’s alive, sans doute son film le plus connu, surprend par son efficacité, et ce, malgré un très petit budget. Mettant en scène un couple qui met au monde un bébé terrifiant, déformé et cannibale, It’s Alive suivra le drame d’individus gravitant autour de cette naissance morbide, entre les autorités tentant d’appréhender le monstre, le père désavouant son enfant, la mère tentant de le protéger, et les employés de la compagnie pharmaceutique responsable des médicaments expérimentaux qui ont probablement causé ces déformations.

Pour un film d’exploitation, genre habituellement sensationnaliste, It’s Alive surprend par l’actualité de son discours et ses effets spéciaux qui ont mieux vieilli qu’on pourrait le croire. Il peut également faire preuve de moment touchants et poétiques, comme le meurtre du laitier où le lait et le sang se mélangent lentement pour former une spirale étrange, ou la scène touchante où le père reconnaît enfin sa paternité du monstre sanguinaire qui se trouve, après tout, n’être qu’un nouveau-né.

Q : The Winged Serpent

Q suit de son côté différents citoyens de la ville de New York aux prises avec un serpent géant ailé. Le monstre, qu’on soupçonne avoir des filiations avec la divinité aztèque Quetzalcóatl, a élu domicile au sommet de l’immeuble Chrysler et ne le quitte que pour ramasser çà et là des victimes qui se promènent dans la rue ou qui raffinent leur bronzage sur les terrasses newyorkaises. Le protagoniste, un musicien jazz raté reconverti en cambrioleur de bas-étage, se retrouvera malgré lui mêlé à toute l’affaire. Avec son monstre animé en image par image, Q est un film de spectacle, mais il verse aussi dans le commentaire social et montre comment un anti-héros, mésadapté, misogyne et détestable sous tous les angles, peut se retrouver sauveur d’une métropole, sans qu’il n’y ait aucune rédemption.

God told me to 

God told me to, sans doute le film le moins connu des trois, est incontestablement le plus curieux. Il s’ouvre sur un tireur d’élite embusqué qui tire des passants au hasard. Confronté par le détective catholique Peter Nicholas, le tueur dira simplement qu’il obéissait aux ordres de Dieu avant de se jeter dans le vide. Les jours suivant, de nombreux tueurs, sans antécédent ni aucune connexion entre eux, auront tous le même motif. On le devine bien, c’est ici la ferveur religieuse qui est examinée à la loupe. L’enquête policière qui prendra, à plusieurs moments, des allures psychédéliques, va au fond de l’effervescence de la nouvelle spiritualité qu’ont connu les années soixante-dix, avec des revirements étonnants.

Bien qu’incomplète, cette courte rétrospective de Fantasia était une belle occasion de découvrir un réalisateur et scénariste qui a toujours dû vivre dans l’ombre de George Romero, John Carpenter et Wes Craven, mais qui a tout de même su, à sa manière, poser sa marque dans le cinéma de genre.

Boris Nonveiller

Fantasia, du 13 juillet au 2 août 2017. Pour toutes les informations, c’est ici.

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