Si Indiana est un film de fiction et Deliver Us un documentaire, ils traitent tous deux du pouvoir des superstitions lorsque vient le temps d’encaisser les coups durs. Une intéressante façon de terminer un marathon Fantasia 2017.

Indiana de Toni Comas

Film délicat qu’il faut aborder sous son angle dramatique plutôt que surnaturel, Indiana est une oeuvre qui se démarque par sa démarche. C’est en faisant de la recherche pour un documentaire sur les phénomènes paranormaux que Toni Comas a rencontré les hommes qui ont inspirés la création de ses personnages principaux, deux enquêteurs de l’inhabituel, les Spirit Doctors.

Michael (Gabe Fazio) a le cœur brisé et est un peu désabusé devant ce que la vie lui offre. Josh (Bradford West) n’a que sa passion pour les phénomènes étranges afin de meubler ses journées. Le film suit leur quotidien dans un mid-ouest rural, alors qu’ils offrent un exorcisme par-ci, une purification par-là, mais surtout une oreille attentive et dénuée de jugement à ceux qui ne savent où se tourner.

Si le film a été réalisé avec peu de budget, il sait tirer profit de chaque ressource et offre une mise en scène cohérente et maîtrisée. Bien que le scénario soit simple, l’intelligence du propos donne une profondeur et une direction au film, l’éloignant de l’habituelle obsession de la véracité des faits (propre au film d’enquête), pour l’amener à s’interroger sur la véritable nature du mal. Indiana veut parler de l’horreur qui habite la vie ordinaire et des moyens que les gens prennent pour trouver la paix. Un film sans prétention et magnifiquement humain.

Deliver Us de Federica Di Giacomo

Le réflexe des gens religieux lorsqu’ils sont confrontés au mal, soit-il issu de la colère, de la dépendance, de la maladie mentale ou simplement de l’ignorance, est de se tourner vers le pouvoir absolu en lequel ils placent leur foi. Le documentaire de Federica Di Giacomo, Deliver Us, s’intéresse à la relation qu’entretiennent les gens de Sicile avec une certaine église spécialisée dans un rite religieux particulier.

La première scène donne le ton. Filmée de dos, une femme est assise devant le prêtre qui administre le rituel. Tranquillement la femme s’anime. Sa voix gutturale crie des insanités. Le prêtre demeure impassible. Exorciser les gens de leurs démons est son travail quotidien.

La caméra de Di Giacomo est respectueuse et pudique. On ne sent pas la recherche du sensationnalisme, mais plutôt une envie de connaître les gens qui se tournent vers la religion, alors que tout le reste semble les avoir abandonnés. Un père de famille est démuni devant son adolescente rebelle. Un jeune homme violent ne sait plus comment contenir sa rage. Une femme, qui vient régulièrement se faire exorciser depuis des années, se demande « Suis-je malade ou suis-je possédée? », sans trouver de réponse. Le film traverse le quotidien de ce prêtre qui distribue les exorcismes sur ses heures de bureau, tentant d’aider ses paroissiens au meilleur de ses connaissances.

Malheureusement, la réalisatrice, aussi délicate et sensible soit-elle, ne se prononce jamais sur son sujet ni ne mène véritablement d’enquête. On sent bien une mince pointe de critique devant le prêtre qui profite parfois de la vulnérabilité des gens pour servir l’agenda de l’église et qui semble considérer son travail comme le ferait un fonctionnaire, mais on sent que la volonté de la cinéaste est de rester le plus neutre possible. Ce qui est dommage, car elle finit son film avec des statistiques avançant que les exorcismes sont en résurgence partout en Occident, nous laissant avec plus de questions. Il aurait été intéressant de voir ce que le documentaire serait devenu s’il avait dépassé la chronique des cas paroissiaux pour s’intéresser au phénomène global.

Reste que le film réussit à aborder avec douceur le désespoir auquel font face les moins bien équipés d’entre nous, en dressant un portrait sensible de leur douleur. Un documentaire qui trouble et émeut.

Rose Normandin

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