Crédit photo : Alessia Contu

Lire la description de la pièce Warda, c’est déjà un voyage en soi. C’est que la proposition de Sébastien Harrisson, qui présente une quête initiatique des plus foisonnantes mise en scène par Michael Delaunoy, ne se raconte pas en quelques mots. « C’est super dur à raconter! C’est vraiment touffu. » C’est au charmant café Oui mais non que je suis allée rencontrer le comédien Hubert Lemire pour qu’il m’en dise plus sur ce spectacle de la compagnie Les Deux Mondes en coproduction avec le théâtre du Rideau de Bruxelles.

Crédit photo : Alessia Contu

« Jasmin est tombé en amour avec un tapis persan! », s’exclame en riant l’artiste qui lui donnera vie. Oui, mais encore? Jasmin travaille en finances, aime l’argent et le luxe. Son moteur, c’est le chiffre affiché dans son compte en banque. « C’est sa valeur sûre. » En entrant dans une boutique à Londres pour demander son chemin, le jeune homme ne s’attend pas du tout à ressentir un tel attrait… pour un tapis. « Dès que Jasmin voit le tapis, il perd le contrôle. Il en a besoin, coûte que coûte. » Justement, ça lui coûtera sûrement plus cher que prévu. Le marchand joué par Salim Talbi, Hadi, n’a pas l’intention de lui faire de cadeau. Jasmin a-t-il le mot de passe pour obtenir le tapis? Jasmin, étonnamment, le connaît. «Warda ». Pourtant, ce ne sera pas suffisant.

La pièce est construite autour de deux trames narratives distinctes, dans des temporalités et espaces lieux différents qui s’alternent. D’un côté, on a Anneleen (Mieke Verdin), une écrivaine flamande qui est toujours dans le monologue. « Au début, on peut penser qu’elle s’adresse au public. Les spectateurs pourront savoir à qui elle parle réellement au fil de l’action. » L’autre trame est basée sur le parcours de Jasmin. Entre Paris, Londres, Bagdad et Québec, on suit la quête initiatique de l’homme d’affaires qui tente de comprendre ce que signifie le fameux tapis.

En pleine perte de contrôle, Jasmin en viendra à remettre toute sa vie en question à travers des intrigues parallèles. On apprendra par exemple que le jeune homme a été abandonné par sa mère alors qu’il était adolescent. Les questions affluent dans ce texte d’Harrisson. Est-ce que ça expliquerait sa manière de voir la vie? Qui est Warda, d’ailleurs? Pourquoi tient-il tant au tapis?

« Une clé de lecture est annoncée rapidement. Quand Jasmin visite sa tante à Paris, il rencontre une jeune femme de Saskatoon jouée par Victoria Diamond qu’elle héberge chez elle, Lily. Elle étudie Michel Foucault à la Sorbonne. Plus précisément son ouvrage Hétérotopie, qui sous tend qu’il n’y a pas qu’un seul espace temps. Qu’on peut carrément être à quelque part et ailleurs en même temps. » Ce qui expliquerait pourquoi Jasmin n’a jamais réussi à acheter le tapis. « Après avoir donné un dépôt au marchand, il revient le lendemain pour payer la balance. Le problème, c’est qu’il trouve un trou au lieu d’une boutique. » A-t-il tout imaginé?

Un défi de taille

Crédit photo : Alessia Contu

Quand Hubert Lemire parle de Warda, ses yeux brillent. Pris d’enthousiame, il en échappe même son café sur mon ordinateur et mon cellulaire – qui ont miraculeusement survécus à l’assaut. (Il y a de la magie dans l’air, et pas juste dans la pièce.) C’est que jouer Jasmin est un défi en soi pour l’acteur qu’on a pu voir dans Rouge Gueule, A Midsummer Night’s Dream et le NoShow. « C’est un cerf-volant qui est pris dans le vent. C’est très dur à jouer, parce que je deviens en quelque sorte le guide des spectateurs. Ma courbe de jeu doit être extrêmement claire. C’est un rôle à déchiffrer et à inventer. Je pense qu’il peut avoir autant de Jasmin que d’hommes en ce monde. »

Parce que le texte laisse énormément de liberté à l’interprète. « C’est une écriture fantastique, presque onirique. Avec le metteur en scène, qui est une véritable révélation pour moi, on a travaillé fort pour bien le cerner. C’était rendu un gag en salle de répétition. On ne comprenait juste pas ce que le personnage voulait dire. » La mise en scène, d’ailleurs, est pensée en fonction du contenu très riche du texte. «La scénographie est très simple. Le but, c’est de laisser la place à l’action.» Intriguant, n’est-ce pas? Décidément, ce ne sera pas ennuyant du côté du Prospero en janvier!

Mélissa Pelletier

Warda, du 16 janvier au 3 février 2018 au Théâtre Prospero. Le spectacle a été créé le 14 avril 2016 au Rideau de Bruxelles. Pour toutes les informations, c’est ici.

*Cet article a été écrit en collaboration avec le Théâtre Prospero.

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